Soleil levant sur Grenoble
Seul club français sous capitaux en majorité étrangers, le Grenoble Foot 38 espère enfin franchir un palier lors de la saison qui s'annonce : monter en Ligue 1 et peut-être plus encore.2004, année zéro
Si la tendance veut que les clubs anglais soient particulièrement la proie des investisseurs étrangers, les formations françaises semblent pour l?instant échapper à cette vague d?acquisition. L?exception est iséroise puisque depuis près de trois ans, le GF 38 est passé sous direction nippone. En novembre 2004, la société japonaise Index Corporation devient l?actionnaire majoritaire du club après avoir racheté les parts de la ville de Grenoble. Un nouveau départ pour le club de la capitale des Alpes.
Retrouver l?élite
Dès son arrivée à la présidence, le numéro 3 d?Index Corporation, Kazutoshi Watanabe décide de combler le déficit du club et d?afficher des ambitions plutôt élevées : retrouver rapidement la Ligue 1 et accéder à l?UEFA Champions League en huit ans. L?échéancier semble prendre un peu de retard malgré un exercice 2006/07 plus que satisfaisant qui aura vu les Grenoblois décrocher une 5e place, le meilleur classement du club depuis 24 ans. Portés par ces promesses, les supporteurs rêvent de l'élite dont ils sont privés depuis 1963.
Une ville "pleine d?avenir"
Un investissement étranger dans le GF 38 pourrait à première vue apparaître comme un choix quelque peu surprenant. Le club ne dispose pas d?une grande popularité ni d?un palmarès éloquent. Pourtant, aux dires de Kazuyoshi Tanabe, le directeur marketing du club, l?intérêt est autre. "Avant de venir à Grenoble, nous avons observé neuf championnats européens différents, plusieurs club de Ligue 2 comme (l'EA) Guingamp, (le FC) Gueugnon, ou encore Le Havre (AC)", confie-t-il. "Nous avons choisi Grenoble car nous trouvions cette ville vivante avec des gens ouverts et pleine d'avenir. La qualité du pôle high-tech de Grenoble nous a aussi séduits. Le projet du nouveau stade était aussi déjà lancé ce qui a compté dans notre décision finale."
Football high tech
Car c?est bien la nouvelle enceinte actuellement en construction qui cristallise toute l?ambition grenobloise. Exit Lesdiguières et ses 12000 places. Place au stade d?Agglo, un projet de haute technologie qui pourra recevoir jusqu?à 28000 personnes dès novembre 2007. Aux normes pour accueillir des rencontres nationales et internationales, il a aussi été conçu pour les matches de rugby et les évènements culturels. Un projet impressionnant selon Frédéric Thiriez, président de la Ligue de football professionnel, qui distribue un bon point. "Il est à la pointe des nouvelles technologies et va dans le sens de ce que je souhaite pour les stades français", confiait-il lors de la présentation du projet à la Ligue par les dirigeants du GF 38, le 13 février dernier.
Index prend les choses en main
Spécialisée dans les contenus pour téléphones portables, Index entend faire profiter le nouveau stade de sa technologie. Les spectateurs devraient ainsi pouvoir afficher des messages SMS et des vidéos 3G sur les écrans géants du stade tandis que le billet papier devrait être remplacé par une carte à puce, qui permettra également de réserver des places, ou de les combiner avec des titres de transports en commun. Un projet qui "donnera à Grenoble dix ans d'avance sur les autres clubs en France et en Europe", estime Frédéric Thiriez. Contrairement à la nouvelle enceinte de Décines - 100 km au nord-ouest - qui accueillera dans trois ans les matches de l?Olympique Lyonnais, le stade d?Agglo reste public, propriété de la ville qui le louera au GF38 pour 500 000 euros par saison.
Grenoble file à l?anglaise ?
Esthétiquement, le stade, entièrement fermé et couvert, n?aura rien à envier aux toutes récentes enceintes anglaises. Car c?est bien outre-Manche qu?il faut chercher les modèles de management suivis par les Japonais du GF 38, à commencer par le Manchester United FC. Toute proportion gardée. "Grenoble n?a vraiment rien à voir avec les grands clubs européens", indique Kazuyoshi Tanabe. "Les populations de Grenoble et Manchester sont aussi importantes mais Manchester United a une très longue histoire. Grenoble n?en a aucune, toute son identité est à construire. Le GF38 n?a pas d?histoire et la culture japonaise peut devenir le caractère de l?identité du club."
Le kop résiste
Si la volonté d?instiller une identité nippone ne suscite ni enthousiasme ni réticence flagrantes, du quartier Paul Mistral à la place Victor Hugo on apprécie en revanche beaucoup moins la manière de gérer l?aspect sportif du club. Double vainqueur de la Coupe de France avec le RC Strasbourg et le FC Lorient, Yvon Pouliquen, malgré une saison très satisfaisante, n?a pas resisté à la volonté de changement impulsée par la direction. En avril dernier, l?annonce de son limogeage, peu avant la rencontre de Ligue 2 face à Strasbourg, entraîne rapidement la colère des supporteurs grenoblois. Le groupe des Red Kaos n?hésite pas à à déployer une banderole sans équivoque : "Ici c?est chez nous, pas chez vous", écrite en japonais.
Ba?darević nouveau guide
Le technicien bosniaque Mehmed Ba?darević aura désormais la charge d?amener l?effectif grenoblois au sommet de la Ligue 2. Passé dans l?élite avec le FC Istres, l?ancien joueur du FC Sochaux-Montbéliard pourra compter sur un effectif renforcé par les arrivées d?anciens de la Ligue 1 comme Maxence Flachez (Valenciennes FC) ou Milos Dimitrijevic (FC Nantes Atlantique). Il disposera également de jeunes joueurs imposés par la direction comme Tsukasa Umesaki et Sho Ito, gages d?une visibilité médiatique du club au Japon. Quid pourtant des investissement nippons en cas d?échecs sportifs ? Kazuyoshi Tanabe voit loin et se veut rassurant : "Bien sûr en étant gestionnaire d?une entreprise on envisage toutes les possibilités. Nous pensons qu?il faut avoir une vision positive de l?avenir. Nous connaissons la spécificité du sport. On ne peut jamais deviner les résultats à venir. Il nous faut donc être patients, nous sommes là pour plusieurs années."
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