Rapport Besson

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Alexandre Muiz
Je ne sais pas qui parmi vous a lu le rapport de Éric Besson sur la compétitivité des clubs français qui a été rendu public hier,le 5 novembre.
Pour ma part, j'ai commencé à le lire et même si je n'ai pas eu le temps de l'explorer en profondeur, je trouve qu'il est riche en information et synthétise bien les maux du football français.

Le rapport « Accroître la compétitivité des clubs de football professionnel français » ou « rapport Besson » pour les intimes est intéressant à plus d’un titre. En effet, outre le fait de proposer quelques solutions concrètes, il est surtout une synthèse exhaustive des différents maux du football français. À commencer par ce que nous appelons fièrement « gestion de bon père de famille » de la part des présidents de club qui, au final, n’assurent pas véritablement la pérennité de notre élite. Voici quelques constats et les conclusions que l’on peut en tirer.

Une gestion de bon père de famille ?

Ainsi on apprend que si la manne liée aux droits TV perçue par les clubs a été multipliée par 6 entre 1998 et 2005, les exercices comptables pour l’ensemble des clubs de L1 n’ont été bénéficiaires qu’à 3 reprises depuis l’exercice 1998-1999. Le déficit atteignant même 151 millions d’Euros en 2002-2003. Rappelons que cette année-là, une bonne partie du déficit global était lié à la situation de l’AS Monaco (on a parlé d’un déficit de 80 millions d’euros pour le club en 2003) qui avait même été relégué en Ligue 2 par la DNCG temporairement avant que la situation ne se rétablisse en appel.

Cependant pour avoir une idée, globale on notera qu’en faisant la somme des résultats nets comptables cumulés des clubs de L1 entre 1998-1999 et 2006-2007, on arrive au chiffre de 254 millions d’Euros…de déficit !

Ce résultat global net n’est positif que depuis deux saisons (+28M Euros en 2005-2006 et +43M Euros en 2006-2007). Cela est lié, en grande partie à l’augmentation des droits TV qui avaient « explosé » lorsque Canal Plus a obtenu l’exclusivité de la L1 en 2004 pour 480 millions d’Euros par saison.
L’inquiétante déduction à faire est que les clubs français sont dépendants des droits TV perçus, ils n’ont pu retrouver des comptes équilibrés que grâce à cette importante manne financière. Un chiffre illustre cet état de fait : pour l’exercice 2006-2007, les droits TV représentent 57% des sources de revenus des clubs de L1. Le second poste de revenu est le sponsoring/merchandising avec…20% des revenus ! Autrement dit les droits TV sont la principale source de revenus des clubs français et cette source est 3 fois plus importante que la suivante. À titre de comparaison avec les 4 autres grands championnats européens, on observe que si l’Italie est dans une situation relativement similaire, les clubs Allemands ont pour principale source de revenus le sponsoring/merchandising et que pour les clubs de Premier League, les droits TV – pourtant plus élevés qu’en France de 300M Euros - ne représentent « que » 38% des recettes.

Autrement dit, les clubs de Premier League perçoivent non seulement des droits TV plus importants, mais ils ont en plus développé d’autres sources de revenu de manière beaucoup plus importante qu’en France. Les recettes liées à la billetterie s’élèvent à 139M Euros en France. Elles sont de 800M Euros en Angleterre.

Il faut réagir

Mais il ne s’agit pas ici de faire le même constat que depuis des années et de prendre cet état de fait comme étant inéluctable. Beaucoup d’éléments sont liés et ce n’est pas une fatalité mais des choix de politique financière et sportive qui ont mené l’élite française là où elle est aujourd’hui.

En effet, la gestion de « bon père de famille » qu’on loue souvent en France, en arguant que « nous les clubs français » ne nous endettons pas à outrance et avons une DNCG qui fixe des règles strictes, n’est peut-être pas si efficace économiquement qu’on veut bien le dire. En effet, certes les clubs français présentent un équilibre financier depuis deux saisons et n’affichent pas le même taux d’endettement que leurs camarades étrangers. Mais pourquoi ? Tout d’abord parce que les clubs français ne peuvent pas s’endetter. En effet pour se voir accorder des prêts, il faut être en mesure d’avancer des garanties financières. Les Capitaux Propres des clubs français représentent en moyenne 29% du passif de leur bilan comptable quand le taux de référence habituellement retenu est de 40%.

Seul Lyon, qui par sa réussite sportive et son développement économique efficace, a su attirer des investisseurs, a des capitaux propres équivalents à 50% du passif de son bilan. Autrement dit, les Lyonnais sont en mesure de fournir des garanties financières qui leur permettront de s’endetter pour construire l’OL Land (pour ne pas dire le JMA Land).

Dès lors, peu d’emprunts et donc peu d’investissements de la part des clubs français, notamment en matière d’infrastructures. En Angleterre ou en Allemagne, des stades sont rénovés ou de nouvelles enceintes sont construites et cela permet la mise en œuvre de politiques marketing et commerciales impossibles en France. Ainsi les nouvelles infrastructures permettent de développer le commerce et le merchandising aux abords du stade mais il aura aussi été tenu compte dans la construction de l’enceinte des futures politiques marketing à mettre en œuvre : des offres « affaires » et « VIP » très rémunératrices.

Il y a donc en plus du fait de construire de nouvelles enceintes des politiques de prix à mettre en œuvre. Ainsi comme l’illustre le rapport Besson, avec des enceintes ayant des capacités similaires, quand Lyon obtient 22M Euros de recette grâce à la billetterie de Gerland, Chelsea récupère 110M Euros grâce à la billetterie de Stamford Bridge : un rapport de 1 à 5 pour une fréquentation en volume équivalente !

Nos bons pères de famille nous diront qu’ils ont besoin d’argent pour investir dans de nouvelles infrastructures mais voyez plutôt la mentalité anglo-saxonne : Arsenal s’endette pour faire sortir de terre l’Emirates Stadium pour la « modique somme » de 550 M Euros. Certes le club est endetté. Mais à terme, Arsenal disposera d’un actif d’une valeur de 550M Euros, soit plus que ce que possèdent l’ensemble des clubs de Ligue 1 réunis.

Ces nouvelles infrastructures permettent aux clubs qui en disposent de mettre en valeur le spectacle offert et le retour sur investissement aura lieu à terme grâce au sponsoring et au merchandising dont les recettes seront multipliées grâce à ces instruments que sont les infrastructures d’un club.

Dès lors, non seulement les clubs de Premier League ne sont plus dépendants des droits TV car ils ont développé d’autres sources de revenus (billetrie, naming, sponsoring). Mais, en plus, en développant ces nouvelles sources de revenus, ils améliorent la qualité du « spectacle » qu’ils proposent aux diffuseurs, qui sont donc prêts à mettre plus d’argent pour acquérir les droits de ce produit.


En bref, il est à craindre que dans cette affaire nos bons pères de famille ne soient cocus !
JMAulas
Je tenais juste à souligner que la politique de prix anglaise n'était pas un modèle du genre. biggrin.gif
Alexandre Muiz
Oui mais disons qu'il est plus facile de faire grimper le CA de la billetterie si on a un stade moderne avec un certain confort, ça permet entre autres de faire flamber es prix des loges et des offres "Affaires" et "VIP"
Après sur ce qui concerne le prix des billets en tribune c'est autre chose.
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