Chronique Sur L'affaire Mensah

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Rogerio Ceni
Note : Cet article a été rédigé par mes soins et ceux de Gusty (nous travaillons tous deux sur Infohac). Il nous a pris du temps, et nous nous sommes basés sur des faits établis pour réaliser notre analyse de l'affaire Mensah. Bien que tardivement, je profite de l'occasion pour le diffuser, car il est important qu'une vision différente soit exposée, alors que jusqu'à présent, la plupart des médias s'en sont donné à cœur-joie au sujet des supporters havrais (et notamment des Barbarians).

Dans le courant de la semaine passée, le club, et surtout ses supporters, ont du assumer les différents échos médiatiques concernant l'arrestation d'un membre des Barbarians, suite à de prétendues insultes à caractère racial dirigées contre un joueur de l'OL. Tout ce remue-ménage, surnommé « l'affaire Mensah » par la presse, s'avère en réalité bien plus complexe que ne veulent le dire ces fameux médias d'« information ».


Dimanche 15 février, 17 heures. L'Olympique Lyonnais (1er) reçoit le Havre Athletic Club (dernier). Un peu plus de 35000 spectateurs s'amassent dans les tribunes du Stade Gerland dont une quarantaine de Havrais ayant fait le déplacement. Le décor est alors planté : un bon vieux match de Ligue 1 en perspective. Le match commence. Pas de surprise, l'OL est supérieur au HAC dans tous les compartiments de jeu et le suspens n'a pas trouvé preneur ce soir là. Toutefois, on sent une certaine tension sur le terrain. Les lyonnais semblent avoir la pression et jouent de manière assez rude.

17 heures 50. C'est la mi-temps. Deux stadiers font irruption dans le parcage havrais, et abordent un supporter du HAC appartenant au groupe des Barbarians. Celui-ci sera emmené hors du stade, puis livré à la police, qui le mettra en état d'arrestation pour « insultes à caractère raciste sur la personne de John Mensah ». Stupeur au milieu du parcage... Un supporter havrais vient de disparaître de la tribune sous l'oeil médusé des "collègues" s'enfilant un sandwich sûrement aussi dégoûtant que le prix de la place (16 euros). Les personnes présentes en parcage pensent d'abord à un contrôle d'identité puis sont mises au courant de l'arrestation. Qu'a-t-il pu bien faire ? ... Les stadiers évoquent des insultes sans donner de détails, tout en rappelant qu'il y a des caméras et des micros de surveillance. Puis un message diffusé plusieurs fois dans la sono du stade rappelle qu'il est interdit de proférer des insultes à caractères racial dans l'enceinte du stade (partout ailleurs devrions nous préciser). Personne n'avait fait de rapprochement avec de supposés propos racistes lors de l'intervention des stadiers.

La mi-temps se termine, le jeu peut recommencer et les ballons finir inlassablement aux fonds des filets du pauvre Revault. On notera plusieurs faits majeurs dans ce match, ceux qui ont entraîné la révélation de l'affaire aux médias. Il s'agit des tacles dangereux de la part des Lyonnais, notament de celle de John Mensah, qui cumule très rapidement deux cartons jaunes synonymes d'expulsion. L'OL est réduit à dix et Jean-Michel Aulas quitte la tribune pour aller rejoindre son joueur aux vestiaires.

On apprendra à la fin du match (seulement) de la bouche du président lyonnais puis de celle de Claude Puel, l'entraîneur, que John Mensah a été victime d'insultes à caractère racial durant l'échauffement puis la première mi-temps, et que cela l'a profondément choqué et pertubé au point de perdre les pédales. Sur fond de dénonciation de stadiers, les "cris de singe" et injures viennent de la tribune havraise et l'auteur a été appréhendé.

Retour au Havre pour les supporters Ciel et Marine qui ont effectué le déplacement à Gerland. Beaucoup d'entre eux iront affirmer de manière formelle sur les forums de supporters (Infocéane et Infohac) ou encore dans la presse qu'ils n'ont entendu aucun propos racistes la veille. Mais dans la journée de Lundi, « Mimi », le Barbarian interpellé, avoue les faits qui lui sont reprochés. Plusieurs supporters remettent en cause ces aveux, prétextant que le suspect a été poussé à bout pour finalement avouer au bout de 24 heures intenables de garde à vue. Mais le HAC et la Fédération des Supporters n'ont pas d'autre choix que de condamner les actes.

Plusieurs zones d'ombre sont alors mises en évidence : Qui a entendu les fameuses insultes et les immondes cris de singe ? Les journalistes bien pensants ? non ! Mensah, puis au moins les deux stadiers qui l'ont embarqué. Qui d'autre ? Un sondage nous révèle qu'aucun supporter havrais, lié ou non à Mickaël, n'a entendu quoique ce soit. Pas même son ami, situé à quatre mètres maximum. "Facile!" direz-vous. Du côté de la tribune Lyonnaise voisine, des supporters lyonnais nous ont contacté pour nous affirmer n'avoir rien entendu non plus. Les témoignages sont d'ailleurs en cours de rassemblement. Et quid du terrain ? Aucun joueur ne peut confirmer ce qu'a entendu John Mensah. Des joueurs havrais, noirs eux aussi et pourtant très proches de Mensah, n'ont rien entendu. Quant à ses coéquipiers, ils se disent tous très choqués et solidaires mais aucun ne peut, là encore, affirmer quoique ce soit. En résumé, personne d'autre ne peut corroborer les dires de John Mensah. Et puis, très honnêtement, comment un joueur situé en plein milieu d'un stade remplis de 35000 spectateurs peut entendre distinctement quelque chose que personne d'autre n'entend ? D'ailleurs, son avocat, Alain Jakubowicz a fait une déclaration plutôt ambiguë en entretien accordé à L'Equipe : « John Mensah n'a certes pas tout vu ni tout entendu, mais il a ressenti ça au plus profond de lui-même. C'est ça qui est important au-delà des cris de singes, des choses inacceptables qui sont le fait d'une extrême minorité ». Quelle précision dans les faits !

Mickaël, en sortant de sa garde à vue pour être présenté au juge d'instruction, revient finalement sur ses aveux et nie avoir proféré des insultes à caractère racial ou bien les cris de singe qui lui sont reprochés. Tout juste reconnaît-il les insultes « banales » envers la plupart des joueurs lyonnais, sans intelligence mais sans excès non plus. Mais s'il est relâché immédiatement après cette audition tout en étant placé sous contrôle judiciaire, ce n'est pas parce que le Juge le croit sur parole mais parce que des éléments sont assez contradictoires dans le dossier et nécessitent une enquête. On apprendra que lors de leurs dépositions respectives, les stadiers parlent d'actes de racisme durant l'échauffement seulement, tandis que John Mensah, lui, aurait subi ces faits durant la première période. On évoquait aussi la présence de caméras. Pourtant, aucune vidéo n'accuse Mickael et rien ne peut, là encore, confirmer la dénonciation des stadiers. Où sont les preuves ?

John Mensah, Ghanéen d'origine, ne parle pas un mot français. Le ministre de l’immigration et de l’Identité nationale, Eric Besson, a téléphoné quelques jours après le début de l'affaire à l'intéressé. L’échange, selon le journal L’Equipe, s’est fait en anglais, Besson lui souhaitant bon courage. Un détail piquant ! Comment ce joueur anglophone, incapable de tenir une discussion en français courant, a-t-il pu comprendre les insultes supposées d’un supporteur havrais ? Comment aurait-il pu non seulement les comprendre, mais aussi déterminer de manière formelle qu'il s'agit de racisme ? et que ces injures lui étaient destinées ?

Comment un grand gaillard comme ce défenseur, habitué aux joutes professionnelles, au championnat italien notamment, peut-il être aussi perturbé par les propos présumés d'un seul individu ? Le racisme est un fléau épouvantable qui touche encore beaucoup trop de monde mais, malheureusement, il n'est pas nouveau dans le football. Mensah n'a pu le découvrir durant ce match. De plus, cela ne peut justifier et ne saurait excuser les tacles assassins et l'agressivité dont il a fait preuve durant le match envers ses adversaires d'un soir. Et puis, ce n'est pas la première fois que Mensah fait la une des fais divers ! Au mois de septembre dernier, lors d'un « banal » contrôle policier, une altercation a éclaté. Nous ne saurons jamais la vérité sur cette affaire mais ses explications ne sont pas claires. Il aura évoqué tour à tour des problèmes de compréhension de la langue française, le zèle des policiers puis finalement leur racisme (décidément). John Mensah s'est posé en victime idéale et aucune suite n'a été donnée à cette affaire, malgré la menace de plainte de l'OL. Mais derrière tout ça pourrait se cacher une toute autre vérité : celle de sa volonté de quitter la France pour jouer dans un autre club (en Angleterre notamment). Suite à cet épisode, il insista pour obtenir son bon de sortie. En vain. La récente affaire, celle qui nous intéresse, a subitement fait rejaillir ses envies de changement d'air. Dans les colonnes de L'Equipe, il se dit très choqué par les propos racistes à son égard... au point de réfléchir de nouveau à un départ : « Il m'a gâché mon métier. Après ça, je n'avais envie que d'une chose, retrouver mon pays, le Ghana. Oublier tout ça. C'est la première fois que cela m'arrive ». Ah, ça l'a même sûrement rendu amnésique au point d'oublier son aventure de septembre avec la police. Passons.

Tous ces éléments amènent à la théorie du complot. Je vous vois déjà sourire. Vous n'y croyez pas ? Je n'aurai pas besoin de développer bien longtemps. Quelques faits : au match aller au Stade Jules Deschaseaux, des cris de singe en provenance du parcage visiteur lyonnais ont été entendus. Une plainte a été déposée par le HAC. Qui en a parlé ? Ce n'est pas dur à deviner : Personne. Jean-Michel Aulas aurait-il trouvé là le moyen de se venger ? Non, c'est peut-être encore plus subtil que ça. Mardi, le quotidien Le Monde fait une annonce délicate qui n'a pourtant pas fait la une : Les déboires financiers de l'OL. L'entreprise OL, cotée en bourse, a vu son action être divisée par 6 cette année. Un véritable camouflet pour Jean-Michel Aulas qui trouve, en l'affaire Mensah, un bel écran de fumée pas cher. Qui en a parlé ? ... De plus, Mensah ne cherche-t-il pas à trouver une excuse pour justifier ses récentes performances, décrites comme calamiteuses, avec le club rhodanien ?

Enfin, il y a la personnalité de Mickael. Tous s'accorde a dire que c'est quelqu'un sans problème. Plutôt réservé et timide, il n'en reste pas moins un fervent passionné du HAC et du football en général. Il n'a jamais manqué un seul déplacement, un seul match des Ciel & Marine. Au lieu d'une croix gammée, c'est "LE HAVRE AC" qu'il s'est fait tatouer sur lui. Et puis, il partage sa passion avec sa petite amie qu'il emmène sans histoire dans tous les stades de France. Chauffagiste de métier, il paye ses impôts, ses loyers. Il est totalement inconnu des services de police. Les renseignements généraux estiment qu'il aime bien aller aux limites mais que jamais il ne les dépasse. D'ailleurs, personne n'a jamais dépassé les limites au Havre. Aucun événement de ce type n'est à relater depuis la mise en place des groupes de supporters.

En plus de cette « affaire », les supporters havrais ont du affronter la vision des médias. Dans les éditions du lundi, les différents quotidiens sportifs condamnaient non seulement les faits sans que ces derniers soient avérés, mais aussi le supporter gardé à vue, dont la culpabilité n'avait pas encore été établie (les aveux n'intervenant qu'en fin de journée). D'autres « journalistes » sont allés plus loin. C'est le cas d'Eugène Saccomano, dans son émission « On refait le match » (diffusée le lundi soir sur RTL), qui assimila l'acte isolé non prouvé d'un supporter à celui de tout un groupe : les Barbarians. Qualifiant le groupe d'ultras havrais de « groupe rouge et noir », « de fachos » ou encore de « connards », le chroniqueur s'attirera dès le lendemain les foudres de toute la fédération des supporters du HAC. Les BH déposeront une plainte pour diffamation. Le club doyen s'associera à cette plainte, allant même jusqu'à proposer aux Barbarians l'avocat du club pour mener à bien cette bataille juridique.

Les jours suivants, aucun média ou presque, n'évoquera le fait que « Mimi » soit revenu sur ses aveux, ni la plainte déposée à l'encontre d'Eugène Saccomano. En revanche, les absences de Mensah à l'entraînement sont remarquées. Le joueur exprime son soi-disant mal-être devant les médias. Un mal être mis en doute par Christophe Revault avant la rencontre contre Auxerre. Le remue-ménage occasionné par cette « affaire » aura permis aux médias d'amplifier la gravité de cette situation qui ne méritait pas qu'on lui accorde un si grand intérêt. Intérêt d'ailleurs entaché par une partialité désobligeante pour la communauté des supporters havrais (partialité due à des idées préconçues sur les supporters, à l'absence totale de sens critique chez les journalistes qui n'ont d'ailleurs mené aucune enquête sur leur sujet). Cette manipulation médiatique a causé du tort aux Barbarians, à tout le peuple Ciel et Marine, mais aussi à un homme dont la présomption d'innocence, dont il jouit toujours, a tout simplement été bafouée...
Tnemelec
Très bon article !
Comme d'hab sur InfoHac !
LiK57
Sa à le mérite d'être clair. Très bon article.
Puyolmania
Tres bon article. hi.gif
Scar'
Ca résume bien la situation. Continue. wink.gif
Rogerio Ceni
Merci. wink.gif

En espérant un dénouement positif pour nous...
Puyolmania
Je l'espere aussi hi.gif
LaVague
+1 vraiment trés belle chronique!!
Dozit'
Ca me rappelle Gilles Pérrault sur l'affaire Ranucci.

Très belle chronique thumbsup.gif
Rocky
Très bon article. hi.gif
nicosii
thumbsup.gif excellent article sur une affaire qui a encore plus fait sombré le joueur!
ferveur-ol
Nickel. Cette affaire montre surtout les limites de la mode antiraciste pronée par diverses institutions (licra, halde, etc) qui, toujours, jettent leur dévolu sur des actes supposés, en omettant totalement la présomption d'innocence etc
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