La modernisation des enceintes sportives est primordiale pour l'économie des clubs. La France tente de combler le retard.
lesechosLes milliers de supporters présents au Mondial et les milliards de téléspectateurs devant leur poste de télévision peuvent le constater : l'Allemagne a fait un effort considérable pour moderniser ses douze stades, en dépensant 1,5 milliard d'euros. « Tenez-vous bien, la majorité du financement de ces infrastructures est privé et non public ! » souligne Frédéric Thiriez, président de la Ligue de football professionnel, dans les colonnes de sa revue « FootPro Magazine » (février 2006). Les quelque 286 millions nécessaires à la construction de l'Allianz-Arena de Munich ont ainsi été couverts par les deux clubs résidents : le Bayern et le TSV 1860 Munich, avec la compagnie d'assurances Allianz - qui, pour 92 millions, a obtenu le droit de donner son nom au stade jusqu'en 2021 -, la Dresdner Bank et un fonds d'investissement privé.
Inauguré le 13 août 2001, l'Arena AufSchalke de Gelsenkirchen, qui, depuis le 1er juillet dernier, a pris le nom de la brasserie Veltins, n'est guère plus vieux que l'enceinte bavaroise et a coûté 192 millions. Quant aux stades les plus anciens, à l'instar de l'Olympiastadion de Berlin, où se disputera la finale, ils ont été reconstruits ou rénovés grâce à l'argent du « naming » (le sponsor donne son nom à l'enceinte sportive) et à des fonds publics, indique la Lettre « Sport Finance & Marketing » (groupe « Les Echos ») du 11 mai. « La Corée du Sud et le Japon avaient investi 4,8 milliards dans vingt stades qui ne servent plus beaucoup depuis le Mondial de 2002. En ce qui nous concerne, seule Leipzig ne dispose pas d'une équipe résidente de haut niveau. Les onze autres stades font pratiquement le plein à chaque rencontre de Bundesliga », explique Gerd Graus, l'un des responsables du comité d'organisation (« Les Echos » du 9 décembre 2005).
Rentabilité assurée ? La modernisation des enceintes sportives est primordiale pour les clubs qui souhaitent augmenter leurs ressources en accueillant confortablement spectateurs et « VIP », en vendant leurs produits dans des boutiques spacieuses, permettant ainsi d'échapper à la dépendance vis-à-vis de la manne des droits télévisuels.
Les clubs anglais l'ont compris depuis longtemps, consacrant en moyenne 192 millions par an ces onze dernières années pour le développement de leurs infrastructures, et ont pris une avance considérable sur leurs rivaux européens. Notamment par rapport à la France qui a dépensé 600 millions pour le Mondial 98, dont les deux tiers ont été consacrés à la construction du Stade de France. Depuis lors, six équipements neufs de 17.000 à 32.000 places ont été construits à Sochaux, Sedan, Rennes, Istres, Nancy et Troyes. Dans le même temps, d'autres ont été rénovés (Villeneuve d'Ascq, Sète, Metz, Le Mans, Créteil, Laval) et mis aux normes. Des projets sont en cours ou annoncés à Ajaccio, Brest, Clermont, Gueugnon, Le Mans, Lille, Lorient, Lyon, Marseille, Nice...
« Cette démarche offensive a été rendue possible grâce aux règlements sportifs des fédérations qui fixaient des normes », rappelle-t-on à la Ligue. Or, ce pouvoir, le ministère des Sports l'a récemment retiré par décret au mouvement sportif, avec l'accord de la plupart des élus municipaux dénonçant « de véritables oukases infligés aux collectivités locales », qui investissent près de 8 milliards dans le sport chaque année (« Les Echos du 17 octobre 2005). « Nous sommes en désaccord là-dessus avec le gouvernement, déclare Frédéric Thiriez. Pas seulement nous d'ailleurs. Toutes les autres disciplines, que ce soit le rugby, le basket, le handball, le volley, le sont aussi. En revanche, il existe un point sur lequel nous nous retrouvons : comme lui, nous pensons que l'avenir passe par le financement privé des stades ».
Selon François Bidet, du cabinet CML, il faut faire le distinguo entre les équipements municipaux réservés au sport de masse qui demeureront dans le domaine public, et ceux pour le sport professionnel dans lesquels on trouvera de plus en plus de partenariats public-privé sur le modèle du Stade de France (« Les Echos » des 22 et 23 avril 2005).
Nice a donné le coup d'envoi en confiant la construction, et la gestion pendant trente ans, de son futur équipement au groupe azuréen Cari, associé à huit autres entreprises. Ce projet permet à la ville de limiter son investissement à 20 millions, le solde, 78 millions pour la seule construction, sera financé par le biais de prêts bancaires par le groupe de BTP. A Lyon, le maire socialiste Gérard Collomb et le président du club champion de France, Jean-Michel Aulas, ont engagé une négociation avec le fonds de pension américain Apollo visant à construire un nouveau stade à Vénissieux sur un terrain propriété du fonds pour un coût global évalué à 250, voire 350 millions. A Paris, l'arrivée du fonds d'investissement Colony Capital, spécialisé dans l'immobilier, à la tête du PSG, devrait entraîner la rénovation du Parc des Princes, avec à la clef, peut-être, une « opération commerciale », visant à faire du stade un véritable « lieu de vie », comme chez nos voisins d'outre-Rhin.