Diego le fait à sa manière
Diego Ribas da Cunha a un rêve. Il représente son pays en finale de la Coupe du Monde de la FIFA, aux côtés des "quatre fantastiques", Kaká, Ronaldinho, Adriano et Robinho. Le match est serré et l'espoir de voir jaillir un coup de génie brésilien s'amenuise. Alors que le public et les équipes pensent déjà à la séance de tirs aux buts, le ballon atterrit dans les pieds de Diego. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire "ce garçon est le nouveau Pelé", il décoche un tir de 25 mètres dans la lucarne gauche et offre au Brésil son sixième succès en Coupe du Monde.
Un rêvePour l'instant, cela reste un rêve. Néanmoins, quiconque a vu le joueur de 21 ans en action sait qu'il dispose des qualités nécessaires pour qu'un tel rêve puisse un jour devenir réalité. Qualités techniques, pied droit précis à distance et mental d'acier en font sans aucun doute partie. Sans oublier le fait que ses pieds sont plus rapides que ceux du Fred Astaire de la grande époque. Seul bémol : aucun onze de base brésilien, aussi audacieux soit l'entraîneur, ne pourrait espérer s'adapter à une telle débauche de virtuoses en attaque simultanément. Pourtant, cela n'a jamais empêché le garçon de Ribeirão Preto, village de la banlieue de São Paulo, de rêver.
"Veinard""C'est ce qui me motive ? c'est tout ce pour quoi je travaille", dit-il. "Il y a 18 millions d'habitants à São Paulo. Je fais partie des veinards à qui la chance a souri. Je compte déjà 14 sélections pour le Brésil et il ne me semble pas impossible de me faire une place dans cette équipe. Avec l'ambition, on peut continuer à rêver." Une telle confiance en soi est simplement due aux flatteries et à l'adulation dont il a fait l'objet en grandissant.
Passage à PortoA 12 ans Diego signe en faveur du club de Santos. A 16 ans, il hérite du numéro 10 autrefois porté par Pelé et il effectue ses premiers pas, très attendus, au sein de l'équipe première. Son vaste répertoire technique permet à la jeune équipe emmenée par Emerson Leão de décrocher le titre national en 2002. "Ce garçon est sensationnel", déclare Leão. "Il mène le jeu mieux que Zico." L'année suivant, Diego connaît ses débuts en équipe nationale. Ensuite, à l'été 2004, il rejoint les champions européens de Porto pour un montant de 7 millions d'euros.
"Ma manière"Sa mission, selon Víctor Fernández, son nouvel entraîneur, est de faire oublier Deco, parti, véritable demi-dieu pour les supporters de Porto. Qui a dit pression ? "Quand je suis arrivé à Porto, la comparaison avec Deco était inévitable", avoue Diego. "D'abord, nous sommes brésiliens et ensuite j'ai pris son maillot. Au Portugal, Deco est une idole. C'est un joueur magnifique et j'espère un jour être aussi bon que lui. Néanmoins, je suis venu à Porto pour être Diego et même si j'espère connaître au moins autant de succès que Deco, je veux vraiment faire les choses à ma manière."
Chouchou du publicPour une fois, le timing de Diego laisse à désirer. Son arrivée coïncide avec le début d'une phase de transition plutôt difficile pour son nouveau club, l'après José Mourinho. Le destin y met du sien également, puisque les Dragons sont versés dans le même groupe que Chelsea la saison suivante. "Le but de la victoire contre Chelsea, la saison dernière, a été l'un des meilleurs moments de notre campagne européenne. Cela m'a permis de conquérir le coeur du public, qui a même mis au point une chanson spéciale en mon honneur." La deuxième saison de Diego à l'Estádio do Dragão ne se passe pas aussi bien. Le Néerlandais Co Adriaanse remplace Fernández et Diego est relégué sur le banc.
'Processus d'apprentissage'Le joueur comprend que si le jeune Diego veut traverser cette période délicate, l'homme Diego doit émerger. Il sait qu'il doit agir. "J'ai essayé d'ajouter certaines qualités à mon jeu", explique-t-il. "Il fallait que je joue plus vite et que je sois plus discipliné tactiquement, mais c'était une bonne chose pour moi. Il y a toujours quelque chose à apprendre. Me retrouver sur le banc a fait partie de ce processus d'apprentissage. J'espère pouvoir regarder en arrière et me dire que cela m'a servi."
Débuts prometteursDiego en a montré suffisamment pour mériter un transfert vers le Werder Bremen, pour 6 millions d'euros. Très vite, l'investissement est rentabilisé. Lors de ses débuts en Bundesliga, il inscrit un but et en amène deux autres, qui permettent à Brême de l'emporter 4-2 sur le Hannover 96. Grâce à un autre but face au PFC Levski Sofia, les supporters du Werder rêvent désormais d'une place en huitièmes de finale de l'UEFA Champions League. La semaine dernière, son quatrième but de la saison a contribué à la victoire sur le FC Bayern München, grâce à laquelle Brême occupe aujourd'hui la tête de la Bundesliga. Face à des débuts aussi prometteurs, le médias allemands ont décidé que Diego n'était peut-être pas le nouveau Deco, après tout. Et si le jeune Brésilien était tout simplement le nouveau Diego, probablement le plus grand de tous les numéros 10 - Diego Maradona ?
Pete Sanderson
UEFA Magazine