La Fédération internationale de football (FIFA) a confirmé que les steelpans seront interdits de stade pendant la Coupe du monde en Allemagne. Pour les Européens, c'est une décision évidente. L'instrument trinidadien est une sorte de tonneau métallique sur lequel les supporteurs musiciens tapent comme sur un tambour, et son volume a de quoi donner des sueurs froides à n'importe quel service de sécurité.
Mais à Trinité-et-Tobago, dans les Caraïbes, berceau du steelpan (aussi appelé steeldrum), la décision de la FIFA soulève l'indignation chez les supporteurs de la plus petite équipe qualifiée pour le Mondial 2006 (9 juin - 9 juillet). Dwight Yorke, le capitaine des Soca Warriors, n'en revient toujours pas. Apprenant la nouvelle, samedi 6 mai, il doutait encore : "Ce serait vraiment dommage qu'ils les interdisent. Pour nous, c'est un énorme soutien... C'est une partie de notre culture !"
Le steelpan est né à Trinité-et-Tobago, à la fin des années 1930, de l'évolution des tambours des esclaves africains, passés de la peau et du bambou au métal. La petite histoire veut qu'un habitant du ghetto de Laventille ait récupéré en mauvais état le tonneau qu'il avait prêté. Il décida de marteler l'envers pour le réparer mais créa ainsi quatre notes.
Aujourd'hui, l'instrument se décline dans différentes tonalités et a largement dépassé les frontières du petit Etat des Caraïbes. A Trinité-et-Tobago, l'engouement est tel qu'il a acquis le statut d'emblème national. "Tout le monde a un lien avec le "pan"", assure Terry Joseph, membre du comité local d'organisation de la Coupe du monde.
Vincent Benjamin, dit "Benji", joue depuis qu'il a l'âge de tenir une baguette. Membre depuis 2003 du steelband (groupe de steelpans) qui accompagne les Soca Warriors dans tous leurs matches, il raconte cette relation particulière avec son équipe nationale de football : "Nous nous inspirons mutuellement. En entendant nos rythmes, ils bougent mieux !"
Au répertoire, on retrouve les classiques, de l'hymne national aux chansons dédiées à l'équipe. Mais la plus populaire reste My Way. "On l'interprète quand ils ont une baisse de régime", assure Benji.
Le 10 juin, jour de l'entrée en scène de l'équipe de Trinité-et-Tobago dans l'histoire de la Coupe du monde de football, contre la Suède, marquera la première absence des fans trinidadiens et de leurs steelpans auprès des Soca Warriors.
Déjà, le 16 novembre 2005, lors du dernier match qualificatif pour le Mondial 2006, les autorités du Bahreïn avaient tenté de faire taire Benji et ses onze collègues "panistes". Mais le rapport de force avait vite tourné du côté de Trinité-et-Tobago, car un atout de taille était présent ce jour-là dans le stade : Jack Warner, président de la Confédération pour l'Amérique centrale et du Nord et des Caraïbes (Concacaf), vice-président de la FIFA et... trinidadien.
"C'était une tactique de dernière minute pour diminuer la portée de nos supporteurs", affirme-t-il. L'officiel de la FIFA n'a toutefois rien pu faire pour la Coupe du monde : "L'interdiction était inévitable."
De leur côté, Benji et ses amis ont fini par se résigner à l'idée de soutenir le parcours de leur équipe lors du premier tour de la compétition (contre la Suède, le 10 juin à Dortmund, contre l'Angleterre, le 15 juin à Nuremberg, puis le 20 juin contre le Paraguay à Cologne) sans leurs instruments : "Le plus important, c'est que nous soyons qualifiés", assurent-ils.
Ils n'ont toutefois pas encore renoncé à faire le voyage en Allemagne sans leurs "pans" : "Nous jouerons en dehors des stades, s'il le faut. Et les Allemands vont littéralement tomber amoureux de nous ! Ecoutez cette musique : on ne peut pas s'empêcher de bouger !" Tous espèrent que pendant les matches de Trinité-et-Tobago, le spectacle se déplacera de la pelouse aux portes du stade.
Le Monde
