"Carrière «s'éclate et ça se voit"Pendant deux saisons, Eric Carrière était redevenu trop petit, trop maigre, un peu à part en fait, toutes ces explications souvent entendues mais éronnées, un a priori qui ne l'avait pas empêché de devenir international avec le FC Nantes. Son arrivée à Lens à l'été 2004 a été suivi par de mulitples désillusions. Jusqu'à ces derniers mois, depuis que ce pur n°10 accompagne la montée en régime du RCL, deuxième derrière Lyon.
«Eric Carrière, avez-vous le sentiment de vivre vos meilleurs moments avec Lens depuis votre arrivée ?
Oui, oui, c'est indéniable. Les caractéristiques de l'équipe sont plus en accord avec mon jeu que les saisons précédentes. Privilégier les duels, jouer arrêté et percuter, ce n'est pas mon truc. Pareil quand on me demande de me décaler à gauche. Maintenant, je joue plus axial, je m'éclate et ça se voit.
Au delà des formes de jeu, comment expliquer que vous ayez dû attendre votre troisième saison à Lens avant de trouver votre place ?
A mon arrivée, j'ai connu quatre premiers mois difficiles. L'équipe ne fonctionnait pas très bien et j'ai plongé avec elle. Je sentais aux entraînements que je n'étais pas bon. J'ai vraiment douté et je me suis posé des questions sur la qualité de mon jeu. (En janvier 2005), il y a eu une cassure quand Joël Müller est parti. C'était dur à vivre parce qu'il m'avait fait venir, il faut bien parler de constat d'échec. Francis Gillot, au début, ne me faisait pas trop confiance et la saison dernière, je n'ai jamais pu enchaîner. J'ai dû faire seulement deux séries de six, sept matches consécutifs. Mais je suis resté optimiste. Je sentais qu'à l'entraînement, ça allait mieux. C'est le baromètre. Alors cette saison, il fallait que ce soit la mienne.
N'avez vous jamais pensé à partir ?
Dans ce milieu là, c'est une question qui revient tous les six mois. Tu es contacté, tu ne joues pas énormément... Personnellement, j'ai toujours recherché la stabilité. La réflexion se pose principalement au niveau familial. J'ai trois enfants (de 9, 7 et 3 ans) et pour eux, tu ne pars pas n'importe où. Et puis il y a un autre critère qui entre en compte : je me sens bien à Lens.
L'étranger, c'est quelque chose sur lequel vous avez tiré un trait ?
Le paradoxe, c'est que je suis assez admiratif de ce qui partent à l'étranger mais que, personnellement, j'ai un très bon équilibre familial et que j'aurais peur de le casser. Je le ferai peut-être plus tard, quand je serai entraîneur. A ce moment là, mes enfants seront plus grands et ce sera plus facile pour eux de s'adapter.
Vous aurez 34 ans en mai. Pensez-vous justement à votre reconversion ?
Je me vois bien jouer encore jusqu'à 38 ans. Pourquoi pas ? Cela faisait trois ou quatre ans que j'étais ennuyé par des tendinites chroniques. Là, elles ont disparu. La raison est simple : le plaisir. Je fonctionne comme ça. En ce moment, tout va bien. Je sais que je serai entraîneur après ma carrière de joueur, mais le problème quand on parle de reconversion avec un club, c'est qu'on rentre dans l'idée d'arrêter. Je suis en fin de contrat cette saison mais je me sens bien. Alors si Lens veut me garder...
Qu'est-ce qui a changé cette saison pour que Lens devienne la première équipe derrière Lyon ?
On est un groupe de 18, 20 joueurs très motivés, où chacun a sa place. Contre Athènes, on était privé de Milan (Bisevac) et de Nenad (Kovacevic), qui ne sont pas qualifiés, et pourtant on gagne 3-1 (à l'aller, 0-0 au retour). Quand on est capable de remonter trois buts comme on l'a fait contre Saint-Etienne (3-3), quand on gagne à dix, c'est clairement qu'il se passe quelque chose. Et maintenant qu'on l'a fait, on a l'expérience, on peut le refaire, comme Lyon le fait depuis quelques années.
Justement, quand Lyon a connu des difficultés en janvier, avez-vous cru que vous pourriez revenir sur eux ?
Non. On voit aujourd'hui que même sans maîtriser leurs matches, ils gagnent de nouveau. Et pour revenir, il aurait aussi fallu que l'on fasse un sans faute
Lens est encore engagé dans trois compétitions (L1, Coupe de l'UEFA, Coupe de France). Votre mission prioritaire est-elle de protéger la deuxième place en L1 pour retrouver la Ligue des champions ?
On ne veut pas se dire qu'il faut "protéger" la deuxième place. Quand tu affrontes un adversaire direct, le raisonnement c'est : soit tu élimines l'autre, soit tu t'élimines. Quand on bat Sochaux (3-1), on les relègue assez loin. Si tu es devant au classement, un match nul te laisse une marge de manoeuvre. Celui qu'on obtient contre l'ASSE nous a donné une pêche terrible. Mais des matches comme ça, qui constituent des tournants, on en trouve très régulièrement. On en a un autre bientôt contre Marseille (début mars). Quant aux Coupes, on est moins loin de la finale en Coupe de France (quarts) qu'en UEFA (8es) et nous avons eu un bon tirage (contre Montceau, CFA), donc une victoire est plus facile à imaginer en Coupe de France. Mais Bordeaux a dû se dire la même chose au tour précédent (éliminés par Montceau, 2-2 5-4 t.a.b.)...
Qui vous semble le concurrent le plus dangereux pour la deuxième place ?
Lille est très costaud, avec des phases de jeu intéressantes et Toulouse revient dans la partie, mais je pense que l'OM sera le plus dangereux. Parce qu'ils ont des joueurs de talent qui ne sont pas à leur meilleur niveau en ce moment. Et quand ils atteindront leur pic de forme, les résultats risquent de suivre naturellement.
Un mot enfin sur le mercato hivernal. Celui de Lens a été très critiqué.
Chaque année, c'est assez marrant de lire ce qui se dit, les petits feuilletons, les analyses faites du jour au lendemain. Je suis toujours étonné. Pour moi, on doit au moins attendre six mois pour savoir la portée d'un recrutement. Olivier (Thomert) m'avait dit qu'il voulait partir, mais je pensais que ce serait pour l'Angleterre. Olivier (Monterrubio) et Damien (Tixier) sont arrivés à bloc, avec des caractéristiques complètement différentes. Olivier n'est pas très athlétique, il joue plus au sol, en mouvement. On a joué six ans ensemble à Nantes et on s'était régalé.»
Source L'Equipe