Classement FIFA/Coca-Cola
Le Tadjikistan relève le défi
(FIFA.com) 20 avr. 2006
Si le Tadjikistan ne fait pas partie des grands noms du football asiatique, l'ancienne république soviétique a fait excellente impression lors de la première édition de la Challenge Cup de l'AFC. Aujourd'hui, les Caucasiens espèrent poursuivre sur leur lancée et confirmer leur progression au Classement mondial FIFA/Coca-Cola.
Encore récemment, on aurait pu faire tenir toute l'histoire du football tadjik au dos d'un timbre poste. En effet, depuis sa première sortie officielle, le 17 juin 1992, face à l'Ouzbékistan, l'équipe nationale n'a que trop rarement fait parler d'elle.
De fait, malgré sa récente victoire en finale de la Challenge Cup de l'AFC et son bond de 16 places au Classement mondial FIFA/Coca-Cola, la sélection tadjik reste encore très méconnue du grand public. Rares sont les observateurs à pouvoir situer le pays sur une carte ou à connaître le nom de ses meilleurs footballeurs.
L'occasion est donc belle d'en apprendre davantage sur ce petit état autrefois connu sous le nom de République Socialiste Soviétique Tadjik. Peuplé de 7,3 millions d'habitants, ce pays se trouve au cœur de l'Asie centrale, niché entre l'Afghanistan, la Chine, le Kirghizistan et l'Ouzbékistan. Voilà pour la géographie. En ce qui concerne le football, les choses sont un peu plus compliquées : en raison du manque de compétitivité du football tadjik, les footballeurs locaux restent encore très méconnus, même dans la région. Fort heureusement, le récent succès du Tadjikistan en finale de la Challenge Cup de l'AFC devrait faire bouger les choses à ce niveau.
Un passé modeste
Avant sa victoire au Bangladesh, le Tadjikistan a connu une longue période de consolidation qui durait depuis son adhésion à la FIFA, en 1994. L'équipe nationale a connu quelques moments de gloire, comme lors de la victoire (4:0) sur le voisin ouzbek en éliminatoires de la Coupe d'Asie 1996, ou encore le triomphe (5:0) acquis au dépens du Turkménistan en compétition préliminaire pour la Coupe du Monde de la FIFA, France 1998.
Le Tadjikistan participe à la compétition préliminaire pour la Coupe du Monde de la FIFA, France 1998. En dépit d'un bilan comptable plutôt favorable, les courageux Tadjiks sont éliminés par la Chine avant même le premier tour. Trois ans plus tard, ils prennent le départ de la compétition préliminaire pour la Coupe du Monde de la FIFA, Corée/Japon 2002. Après avoir aisément disposé de Guam (16:0), ils résistent longtemps aux assauts iraniens avant de finalement succomber devant l'efficacité du vétéran Ali Daei (0:2).
Plus récemment, le Tadjikistan a failli participer à la Coupe d'Asie 2004, en Chine. Devancés d'un point par la Thaïlande, une équipe qu'ils avaient pourtant dominée précédemment, les Caucasiens doivent une nouvelle fois se contenter d'un second rôle. Victimes de leur manque de régularité, ils abandonnent finalement la première place de leur poule après un match nul décevant face à Hong Kong.
Cette nouvelle désillusion n'empêche pas les Tadjiks de poursuivre sur la voie du succès. Après avoir largement dominé le Bangladesh (4:0) au tour préliminaire, ils font à nouveau parler d'eux en obtenant un bon match nul (0:0) face à Bahreïn, demi-finaliste de la Coupe d'Asie, le 31 mars 2004, en compétition préliminaire pour la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006.
Même si les Bahreïnis ont finalement le dernier mot et se qualifient aisément pour le tour suivant avec plus du double de points du Tadjikistan, les progrès sont indéniables. La sélection tadjik propose aujourd'hui un football technique et bien construit, à l'image de celui qui se pratique couramment sur le continent européen. De quoi inquiéter les grands noms du football régional, en somme.
Un pays d'avenir
Les supporters tadjiks, réputés pour leur enthousiasme et leur passion, ont vécu la saison écoulée comme une véritable récompense. En effet, si l'on parle beaucoup de l'équipe nationale ces derniers temps, le club de Regar-TadAZ, qui domine régulièrement le championnat national, a lui aussi contribué à sortir le football tadjik de l'ornière.
Il y a encore un an, le club remportait la Coupe du Président de l'AFC au Népal au terme d'une belle victoire (3:0) sur les Kirghiz de Dordoi. Dans ces conditions, il n'y a rien d'étonnant à retrouver six joueurs issus de Regar-TadAZ au sein de l'équipe présente au Bangladesh pour y disputer la Challenge Cup.
Certes, cette compétition ne réunissait "que" les seize équipes asiatiques les plus modestes, loin derrière les nations "en voie de développement" ou même les grands noms du football continental. Il n'en reste pas moins que des équipes comme la Palestine, le Sri Lanka ou même le Bangladesh faisaient davantage figure de favoris que les modestes Tadjiks.
Sur le terrain, le Tadjikistan a rapidement fait valoir ses arguments. Bâtie autour d'une défense resserrée, l'équipe tadjik a survolé les débats dans le Groupe D, laissant le Kirghizistan sur le carreau. Les ambitions tadjiks sont apparues au grand jour dès les quarts de finale, avec la correction (6:1) infligée au pays hôte.
Cette rencontre fut l'occasion pour de nombreux observateurs de constater le formidable potentiel offensif de cette équipe. Le Tadjikistan s'appuie principalement sur la vitesse de l'ailier Odil Irgashev, capable de courir le 100 mètres en 13 secondes, pour mener des contres meurtriers. La technique et l'efficacité du joueur de Regar-TadAZ sur coups de pied arrêtés sont autant d'atouts pour son équipe. Au milieu du terrain, Ibraguim Rabimov a fait apprécier sa vision du jeu et s'est vu décerner le prix de meilleur joueur de la compétition. Enfin Yusuf Rabiev, placé à la pointe de l'attaque, a fait parler ses instincts de prédateur.
C'est justement un doublé de leur buteur attitré qui a permis aux Tadjiks de s'imposer face au Kirghizistan le 13 avril, au stade national Bangabandhu, en demi-finale. A l'issue de la rencontre, Sharif Nazarov, le sélectionneur national, n'hésitait pas à affirmer : "Tout s'est déroulé comme prévu". Le technicien tadjik, considéré comme l'un des meilleurs du pays, a ensuite averti les Sri Lankais qu'il "avait également des projets pour eux". La suite de la compétition allait se charger de lui donner raison.
La supériorité tadjik est telle que la finale va rapidement perdre tout son intérêt. Menés au score après seulement 50 secondes de jeu, les Sri Lankais ne peuvent qu'assister, impuissants, à la démonstration du Tadjikistan, qui s'impose finalement au terme d'un match à sens unique (4:0).
Au coup de sifflet final, les Tadjiks laissent éclater leur joie. Les cris de victoire emplissent alors le stade Bangabandhu et Nazarov est porté en triomphe par ses joueurs et ses adjoints.
"Je suis peut-être vieux mais je me sens encore jeune, confessait le sélectionneur tadjik à l'issue de la rencontre. Je veux rester à mon poste jusqu'à la fin."
A en juger par les récents résultats, il y a peu de chance pour que quelqu'un le déloge de sitôt. En effet, les deux prochaines décennies pourraient s'avérer riches en succès pour le Tadjikistan. Galvanisée par son succès en Challenge Cup, la petite nation d'Asie centrale se retrouve aujourd'hui au contact de formations respectées comme la Géorgie, la Bolivie ou Chypre, aux alentours de la 100ème place du Classement mondial FIFA/Coca-Cola. Pour l'heure, le Tadjikistan n'est encore que 125ème mais, après avoir goûté au succès, il y a fort à parier que les Caucasiens ne voudront pas en rester là.
Comme Nazarov le dit lui-même : "Nous avons prouvé que nous étions capables d'évoluer à un autre niveau. Cette victoire va faire beaucoup pour le développement du football dans notre pays".
Maintenant vous le savez