Marouane Chamakh : « La porte reste ouverte » pour prolonger à Bordeaux
« Sud Ouest ». On rembobine le film du match jusqu'à à la 90e minute, mardi à Munich. Vous venez de dribbler Butt, que se passe-t-il dans votre tête au moment de glisser le ballon dans le but vide ? Marouane Chamakh. Paradoxalement, cinq minutes plus tôt, je me disais que ce ne serait pas encore pour cette fois mais pour le prochain match. À Bordeaux, encore mieux. Et puis ça va vite. Fernando met la balle en profondeur, je vois le défenseur qui a du mal à se retourner, je fonce à fond, à fond, à fond. Je glisse mon pied pour devancer le gardien et j'ai les buts carrément vides. Là, je me focalise sur le geste à accomplir. Après 90 minutes, on manque de lucidité, il ne fallait surtout pas me rater !
Et quand vous marquez, à quoi pensez-vous ? C'est une alchimie de beaucoup de choses : à 1-0, même s'il ne restait que deux ou trois minutes, on restait sous la menace d'une égalisation, ce but assure la victoire. Et la qualification derrière.
C'est un but que vous attendiez ? Oui, forcément. Il ne pouvait pas mieux tomber. Contre le Bayern. Le but de la délivrance dans le match de la qualification. C'est vraiment cool. Pour moi, pour tout le monde.
À qui le dédiez-vous ? (Les yeux brillants) A mes parents, pour une fois rien qu'à eux. Au moment du match, ils étaient dans l'avion pour la Mecque. C'est le premier match que rate mon père cette saison. J'ai eu ma mère au téléphone dans l'après-midi avant la rencontre, je sais qu'ils ont prié pour moi.
C'est encore frais, mais avec vos coéquipiers, vous mesurez la portée de cette qualification ? Oui, dès hier soir (mardi, NDLR) et même avant le match. On savait qu'en cas de victoire, on allait créer l'exploit. Même si j'avais un bon pressentiment avant la compétition, si on m'avait dit qu'on se qualifierait après la 4e journée, je ne l'aurais pas cru. C'est vraiment beau.
Que peut espérer Bordeaux en huitième de finale ? Jouer comme il sait le faire, pour essayer de gagner ces deux matchs. Si on ne passe pas, tant pis mais on aura encore beaucoup appris cette saison.
Sur un plan personnel, comment jugez-vous votre saison ? Il est encore un peu tôt pour tirer un bilan. C'est vrai que j'ai commencé fort. Puis j'ai le sentiment d'avoir fait mes matchs mais sans marquer pendant un mois et demi. Et je ne cache pas que je suis vraiment content d'avoir retrouvé le chemin des filets.
Dans quels domaines avez-vous étoffé votre jeu ? Dans tous les domaines : devant le but, dans la conservation du ballon ou tactiquement. On joue avec deux schémas différents en Ligue 1 et en Ligue des Champions. J'ai 25 ans, j'apprends encore tous les jours, et j'espère que je vais continuer à progresser.
Tout seul en pointe dans le 4-2-3-1 de la Champions League, ce n'était pas évident pour vous au début. Vous vous y êtes adapté ? Seul ou à plusieurs devant, j'essaie toujours de prendre le maximum de plaisir sur le terrain. Après, c'est vrai que j'aime bien avoir quelqu'un à côté de moi pour des passes redoublées. Dans ce système, Yo (Yoann Gourcuff) joue pratiquement deuxième attaquant, il a un gros volume de jeu, ça renforce encore notre complicité du championnat.
Concernant votre avenir, avez-vous pris définitivement la décision de ne pas prolonger votre contrat à Bordeaux (il se termine en fin de saison) ? Non, rien n'est définitif. La porte reste ouverte. Le président a été assez cool même si je sais très bien que l'intention du club est de me faire prolonger. C'est normal. Je vais prendre le temps de clarifier ma situation, pour faire le bon choix.
La victoire au Bayern et la qualification ne peuvent-elles pas faire pencher la balance du côté des Girondins ? Bien sûr, ça me fait réfléchir. J'ai décidé, pour l'instant, de ne pas prolonger mais ça ne veut pas dire que je ne resterai pas à Bordeaux la saison prochaine. J'ai encore six ou sept mois pour mûrir cette décision que je ne veux surtout pas prendre à chaud.
Auteur : PROPOS RECUEILLIS PAR frédéric laharie