Foot - C1 - Triaud: «La C1, c'est de l'économie» Absents à Chelsea (0-4) et dépassés par leur inexpérience contre l'AS Roma (1-3), les Girondins de Bordeaux ont totalement manqué leur début de Ligue des champions. Au moment où ils doivent se relancer, mercredi contre Cluj, leur président Jean-Louis Triaud nous a longuement reçus, à Bordeaux, pour un tour d'horizon franc et coloré sur la situation de son club, et plus généralement celle des équipes françaises dans les compétitions européennes. Pour en voir une briller en C1, il faudra de la chance, un bon tirage, une génération exceptionnelle et une crise sans précédent qui frapperait les clubs anglais, nous dit Triaud entre premier et second degré. Voici la première partie de notre entretien (la suite, mercredi).
« Jean-Louis Triaud, Bordeaux a raté son début de Ligue des champions. A la veille de la réception de Cluj, visez-vous encore la qualification, ou au moins à redorer votre image ?L'image, ce n'est pas ce qui nous anime. On veut des résultats sportifs. Il faut gagner les deux matches contre Cluj (
à Bordeaux le 22 et en Roumanie le 4 novembre). Si tu ne fais pas ça, ce n'est pas la peine de penser à continuer dans cette compétition.
Comment expliquez-vous ces débuts timides, alors que Bordeaux disait avoir retenu la leçon de la campagne de 2006 ?On n'a été timide qu'une fois, à Chelsea. On était spectateurs même. Contre la Roma on était parti pour gagner le match. Si on termine à onze... Dans notre tableau de marche, on avait prévu une défaite à Chelsea, alors c'était plutôt un avertissement sans frais.
Si Bordeaux n'a pas terminé à onze contre Rome, c'est aussi par manque d'expérience...Non, c'est parce que l'arbitre n'est pas bon et parce qu'un joueur italien a un comportement tordu.
De votre fauteuil de président, êtes-vous d'accord pour dire que la compétitivité des clubs français dans les compétitions européennes baisse ?Ça a toujours été comme ça, sauf cas exceptionnels. Marseille avait une grosse équipe en 1993, mais c'était une autre époque. Monaco a été une surprise en 2004. Pour arriver à ce niveau-là, c'est plus le fruit du hasard qu'autre chose. Lyon, qui domine en France depuis sept ans, n'a jamais fait d'étincelles en Ligue des champions. Que vous le veuillez ou non, les quatre demi-finalistes sont les quatre plus gros budgets, et puis c'est tout.
C'est une fatalité ? Ce n'est pas de la fatalité, c'est de l'économie. La fatalité, c'est autre chose, de l'ordre du renoncement.
Si vous êtes reversés en Coupe de l'UEFA, la jouerez-vous à fond, contrairement à l'année dernière ?Contre Anderlecht, on est tombé dur des morts de faim. Les clubs français, et nous en particulier, on tombe toujours dans des circonstances particulières. Anderlecht n'avait que la Coupe de l'UEFA pour se refaire, on n'a pas très chanceux. Et puis, même si c'est une club qui a une histoire, Anderlecht, ça n'excite personne et peut-être pas assez les joueurs. Quand je vois les groupes de la Coupe de l'UEFA, je relève qu'il y a de super clubs, ça peut être très amusant. On jouerait le coup à fond.
Que peut espérer un club comme Bordeaux, à terme, en Ligue des champions ?Il faudrait une bonne génération, un bon groupe, des jeunes qui sortent du club et qui atteindraient très vite le haut niveau, un peu de réussite au tirage au sort - à ma connaissance, Famagouste, dont tout le monde se gargarise, n'a pas rencontré le Real Madrid ou Chelsea. Mais il ne faut pas espérer voir durablement des équipes françaises au plus haut niveau, à moins que tous les clubs fassent faillite en Angleterre et qu'on les ramène à la réalité. Nous, on a intérêt à former le plus de joueurs possibles. Cela dit, si l'UNFP et la FifPRO
(NDLR, syndicats français et internationaux des joueurs) continuent de ne pas la défendre, peut-être qu'on ne formera plus. Si on forme les joueurs pour se les faire piquer, aucun intérêt.
Les clubs tiennent deux discours contradictoire sur la formation. 1/ On n'a pas le choix, il faut en faire. 2/ On va arrêter car on se fait piller. Où est la réalité ?La réalité c'est qu'on fait signer des gamins pro à seize ou dix-sept ans avec des salaires significatifs, pour ne pas se les faire piquer. Ils s'entraînent avec les pros, donc progressent moins vite car ils ratent la case post-formation. Comme on voit qu'ils ne sont pas mal, on les prolonge de deux ans, ensuite ils partent. Donc on les garde cinq ans. Mais de dix-sept à vingt-deux ans, ce n'est pas là qu'ils sont très bons. Certains échouent car ils sont perturbés d'être pros trop tôt. Le syndicat des joueurs marche sur la tête en ne nous aidant pas davantage. Il faudrait obliger les joueurs à signer leur premier contrat pro dans le club formateur, basta. Ce n'est plus le cas.
Le droit européen fait obstacle, non ?Quand on a envie de s'asseoir dessus, on le fait. Il suffit de voter des lois nationales. Si le gouvernement ne sent pas d'unanimité sur le sujet, il restera difficile de progresser. »
- Cé. Ro.
l'equipe.fr
Français contre roumains, faut que ça fasse 2-0 ça !! Bonne chance à vous pour demain