Les supporters intronisent IghilLes supporters de la JSK se sont déplacés hier en masse au stade 1er-Novembre-1954, pour d’abord montrer leur soutien indéfectible à celui qu’ils considèrent comme le messie tant attendu et ensuite exiger que Hannachi et son équipe dirigeante le laissent travailler en paix.
Pensant que la réunion Hannachi-Ighil allait débuter à 10h du matin, quelques dizaines de supporters étaient là, devant le siège de la JSK, à 9h du matin. Ils sont restés dans les tribunes du stade jusqu’à 13h30, heure de l’arrivée de Méziane Ighil.
«Da Méziane, Lqvayel sont avec toi !»Il ne pouvait même pas descendre de sa voiture, tellement il y avait du monde autour. Méziane Ighil a dû faire appel à son sens de la communication pour écarter la foule qui clamait son nom. «Da Meziane, il ne faut pas que tu partes. T’es notre dernière chance. On est avec toi, on n’abdiquera pas. Ne pars pas…», lui disaient-ils. Méziane, avec son sourire légendaire, a attendu jusqu’à ce qu’ils finissent de parler pour prendre la parole.
«Je ne partirai pas…»Une seule phrase a suffi pour les calmer. Ighil a dit ce que les supporters voulaient entendre. «Je n’ai pas l’intention de partir, dans la vie d’un club nul est eternel», dira-t-il. Par la suite, l’homme s’est rendu à son rendez-vous. Hannachi l’attendait dans son bureau. Le tête-à-tête a duré 1heure.
«Rendez-vous au stade à 16h» A sa sortie du bureau de Hannachi, Ighil Méziane semblait serein, voire content. Aux quelques journalistes et photographes qui attendaient devant le bureau de Hannachi, il demanda gentiment de ne pas le prendre en photo et a refusé de faire la moindre déclaration. Dehors, près de sa voiture, le nombre de ses supporters a triplé. Meziane décide d’aller au charbon. «Il faut se calmer,
l’anarchie n’a jamais réglé un problème. Vous ne voulez pas que je parte, et bien je vais rester, rendez-vous au stade à 16h.»
Ils envahissent le 1er-NovembreIl y a des matchs officiels où le nombre de supporters était inférieur à celui enregistré hier au stade du 1er-Novembre. Pas moins de 500 supporters étaient présents dans les gradins du stade. Leurs revendications sont claires : le recrutement de joueurs de qualité, le maintien d’Ighil Méziane et le remplacement de l’actuel comité de supporters par un autre représentatif de toute la Kabylie et pas seulement de la ville de Tizi Ouzou.
«Chaâb yourid ….»Les plus virulents ont même rajouter une autre revendication. Par le fameux slogan de la révolution tunisienne, ils appelleront au départ du président du club. «Il y a 10 millions de supporters de la JSK en Algérie et ils veulent nous faire croire qu’aucun d’eux ne peut prendre le relais ! Ce n’est pas vrai. On n’est pas dupes. On s’est tus pendant plusieurs années, aujourd’hui on est là et on veut le changement», nous dira un supporter très en colère.
Les supporters s’organisent ...Petit à petit, les petits groupes de supporters se rapprochaient les uns des autres pour constituer un seul groupe. Et c’est là que les leaders qui menaient les supporters commençaient à apparaître.
«Aujourd’hui on est 500, demain on sera 1 000 et après-demain 10 000»Une personne dâge mûr (environ la cinquantaine) prend la parole et se lance dans une diatribe contre la président du club. «Tu as raison, il faut qu’il parte. Et c’est nous, les supporters, qui allons l’obliger à partir. Aujourd’hui on est 500, demain on sera 1 000, après-demain 10 000… On n’est pas les seuls à penser cela.»
«Vous qui êtes là, aujourd’hui, revenez demain et ramenez avec vous ceux qui partagent ce désir de voir Hannachi quitter la JSK. Moi, je n’ai pas besoin qu’on m’appelle ou qu’on me convoque, mon amour pour la JSK m’appelle. Vous me trouverez là demain, après-demain…Jusqu’à ce que ce club soit complètement nettoyé», dira un homme dépassant la cinquantaine, qui, quelques minutes plus tard s’est accroché avec le président du comité de supporters.
«Le MOB joue à guichets fermés, et nous ?»Un autre supporter se leva et posa aux autres la question suivante : «Pourquoi, mes frères, la JSK joue-t-elle chaque semaine devant des gradins vides ? Le CSC, l’USMA, l’ESS… même le WAT, jouent à guichets fermés. J’ai été voir le match MOB-MCA la semaine dernière, les billets ont été vendus à 11h. Chez nous, seuls les fous, les curieux et quelques passants viennent voir la JSK. C’est une honte. Si on réussit à expliquer ce phénomène on trouvera le mal de la JSK». Plusieurs supporters répondent en même temps : «c’est Hannachi et sa politique qui ont conduit à cet état de fait. Qu’il parte et vous allez voir comment le stade se remplira.»
Le comité de supporters pointé du doigtL’apparition du président du comité de supporters de la JSK a fait réagir la galerie. Plusieurs fans se sont dirigés vers lui pour l’accuser de travailler pour la direction. L’accusé a essayé tant bien que mal de se défendre, avant de céder devant la colère et les insultes des supporters. Il se cache dans le tunnel. Il était 15h30 quand Ighil Méziane a foulé le terrain du 1er-Novembre. Dès qu’ils ont vu sa tête, les 500 supporters ont interrompu leur réunion, se sont tous levés comme un seul homme et ont commencé à scander : «Da Méziane, Da Méziane…» Ighil, très ému par cet accueil, a levé sa main pour les saluer avant de se diriger vers ce public, qui, sans lui, ne se serait peut-être pas déplacé hier à Tizi. Une image qui en disait long sur la relation très solide entre les supporters et l’entraîneur.
Da Méziane en harmonie avec son publicQuant Meziane Ighil a levé la main pour remercier ses fans, ces derniers ont applaudi, quant il a levé les deux pour demander la parole, c’est toute la tribune qui s’est tue pour écouter ce que Da Meziane allait leur dire. Après un bref discours, place aux doléances des supporters. Chacun a dit ce qu’il avait sur le cœur, Meziane écoutait, blaguait et même corrigeait certains d’entre eux qui insultaient Hannachi, et tout cela dans une harmonie parfaite.
Ighil aux supporters : «La main dans la main et la JSK redeviendra ce qu’elle était»Ce qu’a dit Ighil aux supporters était plein de sens et de raison. «Je suis là, et je ne vais pas partir. Je vous remercie pour votre présence. Votre soutien me touche et m’encourage à aller de l’avant», dira Ighil. Galvanisés, les supporters criaient très fort : «Hannachi doit partir», Ighil les coupe pour leur demander : «SVP, n’insultez personne. On est tous là pour la JSK. Moi, j’aime la JSK, vous aimez la JSK et Hannachi aime la JSK. Mettons la main dans la main, soutenez cette JSK, et elle reviendra comme elle était avant, voire mieux.»
«7 à 1 face au CRB ya Da Méziane !»Ces mots de Meziane ont réussi à calmer les supporters, mais pas tous. Un d’entre eux demanda la parole, Ighil la lui accorde : «Ya da Méziane, on a perdu 7 à 1 face au CRB ! J’ai pleuré ce jour-là. Tous ceux qui aiment la JSK ont pleuré. Comment voulez- vous qu’on se taise ou qu’on se calme ? On ne veut pas revivre ça, toi qui es kabyle et qui es supporter de ce club avant d’être son entraîneur, t’as dû ressentir la même chose. Ce n’est pas la JSK qui perd par ce score face à une équipe comme le CRB», «Je te comprends, ça n’arrivera plus», dira da Méziane.