Le jour J avance, mais ce n'est pas aujourd'hui.
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Hilali au tribunal !
Le propriétaire du RCS Jafar Hilali a répondu hier en fin de matinée à la convocation du juge commissaire désigné par le Tribunal de Grande Instance de Strasbourg, Jean-Pierre Wolf. Mais il n’en a pas moins zappé le conseil de surveillance de l’après-midi où les salariés ont attendu en vain des éclaircissements sur un avenir très sombre.
La nouvelle est tellement énorme que le personnel du Racing va tomber des nues à la lecture de la presse aujourd’hui : hier matin, Jafar Hilali était à Strasbourg ! Assigné par le juge commissaire nommé en fin de semaine passée par le Tribunal de Grande Instance, Jean-Pierre Wolf (comme révélé par « L’Alsace » mardi), le propriétaire londonien a été « invité » à s’expliquer sur la situation financière désastreuse de son club. Une convocation sans délai qui accrédite un peu plus la thèse d’un dépôt de bilan rapide.
Après cette entrevue, J.-P. Wolf va désormais rédiger un rapport et le transmettre à la présidente du TGI. S’il estime qu’un doute sérieux sur la continuité d’exploitation de la SASP Racing (1) existe - comment pourrait-il en être autrement en l’absence de repreneur ? -, l’actionnaire majoritaire devra se présenter à une audience de dépôt de bilan, toujours programmée un lundi. Le délai est-il trop court pour que celle-ci ait lieu dès ce lundi 4 juillet ? Difficile à dire. Au pire, elle pourrait être repoussée le 11. Un redressement judiciaire, voire une liquidation, serait alors inévitable.
Sous haute tension nerveuse depuis que la menace d’une cessation d’activités a commencé à prendre corps, les salariés apprendront avec stupéfaction que leur patron n’a pas daigné faire un - tout petit - crochet par la Meinau pour s’adresser à eux, comme il l’aurait pu s’il avait assisté au conseil de surveillance de l’après-midi. Naturellement, aucun membre du directoire n’était présent : ni Hilali, reparti de Strasbourg comme il y était venu - incognito donc -, ni Christophe Cornelie, le directeur général. Par procuration, J. Hilali a néanmoins fait valider l’abandon de son compte courant pour 3,4 millions, exigé par la DNCG, moyennant les conditions suivantes : il récupérera 1,5 million au 1 er juillet suivant la remontée en Ligue 2 et 1,5 million au 1 er juillet suivant le retour en Ligue 1. Les 400 000 euros restants ont été abandonnés avec clause de retour à meilleure fortune. Ils seront eux aussi récupérables dès que les finances du RCS le permettront. Cet abandon conséquent sous conditions alourdit évidemment la note pour un repreneur tenté de racheter le club avant dépôt de bilan.
Comme ils l’avaient indiqué le matin dans nos colonnes, les actionnaires minoritaires, à qui le propriétaire a demandé de renoncer à leur compte courant pour équilibrer le budget 2010-2011, ont refusé, tout en spécifiant qu’ils étaient prêts à réétudier la question si le club changeait d’actionnaire majoritaire. Un geste de bonne volonté que Jafar Hilali interprétera comme un geste de défiance à son égard. « On est dans le brouillard le plus total, le fog londonien », résume avec un sens aigu de la formule Michel Wild, représentant de l’ex-président Egon Gindorf. « Les délégués des salariés ont posé des questions auxquelles personne n’a répondu, puisque les organes de gestion du club n’étaient pas là(2). »
Représentant le personnel, le kiné Eric Moerckel et le coordinateur sportif Pascal Camadini n’ont pu que le constater avec une pointe d’amertume. « On ne comprend pas l’absence de notre patron », s’interroge le premier, « On aimerait qu’il vienne parler aux salariés désemparés, simplement, humainement. Les employés ne sont pas là pour juger qui sont les bons ou les mauvais, mais ont besoin de réponses sur leurs incertitudes, leurs préoccupations pour leur avenir. Il y a une mésentente entre l’actionnaire principal et les minoritaires. Mais nous n’y sommes pour rien. Seul M. Hilali peut nous donner des réponses. Les secteurs administratif et sportif s’inquiètent pour leurs emplois, y compris ceux de la filiale Racing Espace Vert. Nous ne cherchons pas à polémiquer, mais à comprendre. Nous allons nous réunir ce jeudi comme nous le faisons régulièrement pour formaliser ensemble les questions que nous allons envoyer par écrit au propriétaire. J’ai demandé un peu d’empathie à M. Hilali. »
Cette empathie dont Jafar Hilali aurait pu faire preuve hier après-midi. Il a préféré s’éclipser et se défiler.
(1) Société anonyme sportive professionnelle.
(2) Sept des dix membres du conseil étaient présents : Olivier Kachkach, Abdelzak Bega, Lakhdar Messoussi, Léonard Specht, Michel Wild, Jacky Kientz, Jean-Luc Witzel. Seuls manquaient à l’appel le président Alain Fontenla, disparu depuis des mois, l’invisible Pierre Bucaille et le représentant de l’association RCS, Thierry Wendling.
le 30/06/2011 à 00:00 par Stéphane Godin