Crouch: Danse avec la girafe

Auteur de quatre buts en deux matches, Peter Crouch est en train de se faire une place en équipe d'Angleterre. Pour ne rien gâter, son improbable manière de célébrer ses buts, façon Robocop, a conquis tout le monde. Avec la blessure de Rooney, l'émergence du géant de Liverpool tombe à pic.
En deux matches et moins d'une semaine, Peter Crouch est devenu la coqueluche de toute l'Angleterre. Il le doit à son but face à la Hongrie, et à son triplé contre la Jamaïque, mais aussi (surtout?) à son improbable manière de célébrer sa réussite. Mardi soir, après son but face aux Magyars, devant la foule médusée d'Old Trafford, Crouch a entamé une sorte de danse robotique, agrémentée d'un mouvement de smurf, tout droit sorti des années 80. Totalement has been, mais complètement irrésistible. Depuis, tout le royaume entonne le "Let's do the Crouch", attendant avec une impatience décuplée le prochain but de l'attaquant de Liverpool.
Ça tombe bien, Crouch est en pleine bourre en ce moment. Il l'a encore confirmé devant les faiblards Jamaïcains samedi, en s'offrant un hat-trick, qui aurait pu se muer en quadruplé s'il n'avait manqué un penalty, tiré à la Panenka. Peu importe. Orphelin de Wayne Rooney, au moins pour l'ensemble du premier tour de la Coupe du monde, Sven Goran Eriksson a peut-être trouvé son plan B, même si on demande à le voir appliqué face à une opposition plus relevée. La girafe dégingandée, par sa présence dans le jeu aérien, pèse incontestablement sur les défenses adverses. Sa complémentarité avec Michael Owen est également intéressante pour le technicien suédois.
Titulaire contre le Paraguay
Emballé, Eriksson n'a pas caché que Crouch avait sans doute gagné ses galons de titulaire pour le premier match du Mondial, face au Paraguay. "Peter a été fantastique, admet le patron du Three Lions, à part sur ce penalty qu'il n'a pas pris suffisamment au sérieux. Il a marqué, et il a constamment perturbé l'adversaire en étant dominateur dans les airs. Je pense qu'il débutera samedi prochain. Il le mérite". Une juste récompense pour le géant des Reds, qui reste tout de même sur cinq buts lors de ses trois dernières sorties avec l'Angleterre, puisqu'il avait déjà marqué au mois de mars contre l'Uruguay.
De toute façon, Eriksson n'a pas 36 solutions à sa disposition. Son équipe s'exprime beaucoup mieux en 4-4-2 qu'en 4-5-1, avec le seul Owen en pointe. Physiquement, le Ballon d'Or 2001 n'a pas l'étoffe d'un avant-centre solitaire. Il a besoin de soutien. Or, tant que Rooney sera indisponible, Crouch reste la seule option viable, Theo Walcott, du haut de ses 17 printemps, ne pouvant prétendre, pour le moment, jouer un rôle majeur. La solution Joe Cole a été envisagée, mais son profil s'apparente trop à celui d'Owen. D'autre part, l'Angleterre a trop besoin de lui sur le flanc gauche de son milieu de terrain.
Gerrard est bluffé
L'improbable héros qu'est Peter Crouch tombe donc à pic pour les Anglais. Adopté par le public et par son sélectionneur, il l'est aussi par ses partenaires, visiblement. Steven Gerrard, qui le côtoie toute l'année à Liverpool, se dit même bluffé. "On connait les qualités de Michael Owen, c'est un joueur de classe mondiale. Mais Peter m'impressionne. Il progresse à chaque sortie, on le sent de plus en plus à l'aise dans l'équipe. Il a d'autres qualités que Rooney, mais je crois qu'il peut faire une grande Coupe du monde ", juge le Scouser.
Il y a moins de six mois, Crouch, en concurrence avec Jermain Defoe voire Darren Bent, avouait qu'une place dans les 23 suffirait à son bonheur. Il se disait prêt à effectuer le voyage en Allemagne même sans jouer une seule minute. "J'essaie juste d'apporter quelque chose à l'équipe quand on fait appel à moi. Je fais de mon mieux, c'est tout", dit-il simplement. Pour l'instant, son impact dépasse toutes les espérances, les siennes comme celles d'Eriksson. Il a même réussi à redonner le sourire à un pays catastrophé par la blessure de Rooney. Pour lui, c'est déjà une sacrée victoire.