Lettre ouverte à la Ligue de Football ProfessionnelComme de nombreux supporters, j’étais hier après-midi à Geoffroy Guichard pour supporter mon équipe, l’AS Saint-Etienne. Abonnée depuis de nombreuses années, j’ai parcouru, comme tous les quinze jours, les 80 kilomètres qui me séparent de Saint-Etienne. Je n’avais aucune certitude que le match se déroule, et en arrivant au stade, nous avons tous compris que le match n’irait pas à son terme. Si je vous écris aujourd’hui, ce n’est pas pour me plaindre d’avoir eu froid pendant douze minutes. A Saint-Etienne, nous avons l’habitude du froid, et ce n’est pas le premier match qui se serait déroulé dans des conditions épouvantables. Ce n’est pas non plus pour me plaindre que Monsieur Bastien ait pris la (bonne) décision d’annuler le match après douze minutes de parodie footballistique, j’ai pris le risque de venir pour rien, et ce risque, je l’assume. Après tout, être supporter, c’est être là qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, été comme hiver, quelque soit la température, de la Ligue 1 à la DH. Non, si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous remercier de votre incompétence.
Le fait qu’il fasse froid à Saint-Etienne l’hiver n’est pas une nouveauté. De plus, Météo-France annonçait depuis une semaine une vague de très grand froid sur la France. Dès jeudi, de nombreux matchs en Rhône-Alpes se voyaient reportés à une date ultérieure, et notamment toutes les rencontres se jouant à Saint-Etienne (féminines, CFA, U19, U17). Les températures annoncées étaient de -22° ressentis à 19h, et frisaient les -12° réels en milieu d’après-midi. Comment était-il possible ne serait-ce qu’envisager que le match puisse avoir lieu dans de telles conditions ? Malgré tout, forts de votre incompétence, vous avez décidé d’attendre vendredi, la veille du match, pour vous réunir en réunion d’urgence afin de statuer sur la tenue d’ASSE-Lorient.
Vous avez alors annoncé que la rencontre était avancée à 15h, au lieu de 19h. Le tout, moins de 24h avant le match. Les supporters ont ainsi dû changer leurs plans en urgence, décommander les bus prévus ou avancer les horaires. D’autres se sont retrouvés piégés, leur billet en poche, mais dans l’incapacité de se rendre au match, puisque travaillant le samedi après-midi. Certains ont posé leur après-midi en RTT à la dernière minute. Oui, des RTT pour un match de football, vous trouvez sûrement cela insensé, débile, mais c’est ce qu’on appelle la passion messieurs. On peut également penser aux six courageux lorientais qui ont dû partir au pas de course de Bretagne, et parcourir 825 kilomètres. Et après douze minutes de patinage artistique, Mr Bastien et les deux entraineurs ont décidé d’arrêter le massacre, et on a annoncé aux supporters qu’ils pouvaient rentrer chez eux. « Merci d’être venus vous geler les couilles pour rien, revenez demain… peut-être ».
Le problème est là. Avant, du temps où le football était encore humain, on reportait les matchs. Aujourd’hui, les matchs doivent absolument se jouer. L’intégrité des joueurs, les supporters qui se gèlent ? Rien à foutre. Seuls les sponsors et le fric comptent, il est tellement plus facile d’accepter les pétrodollars des qataris afin que personne ne puisse voir de matchs gratuitement à la télévision. Hypocrites que vous êtes, à soi-disant vouloir lutter pour le confort et la sécurité des supporters. Envoyer des milliers de supporters sur les routes verglacées pour douze minutes de patinage incontrôlé ne vous dérange apparemment pas.
De plus, comment peut-on oser imposer à un club de foot de chauffer la pelouse d’un stade et ainsi brûler plusieurs dizaines de milliers d’euros d’essence pour qu’un simple match de football ait lieu à la date et l’heure programmées ? Comment peut-on demander huit mille euros aux contribuables en pleine période de crise, pour chauffer un stade de football alors que pendant ce temps, des êtres humains errent dans le froid, sans endroit pour se réchauffer, et sans abri ? « Le football marche sur la tête » dit l’article du Progrès du jour, et le monde ne tourne plus rond.
Forts de votre bêtise, vous avez réitéré l’exploit pour Sochaux-Lille, annonçant le report du match à 16h55 alors que la rencontre devait se dérouler à… 17h. Nous pouvons également parler de la programmation des matchs à 21h en plein hiver alors que nous jouons à 17h au mois d’août. Des horaires d’hiver existaient pour un pays comme le notre, mais le football business a cru pouvoir changer les saisons de la France ! Faut-il que chacun stoppe son (ses) abonnement(s) télé pour que vous vous rappeliez de notre existence ? Faut-il qu’un jour, un bus se renverse et fasse plusieurs morts au retour d’un déplacement hivernal dangereux pour que les choses changent ? Le football est engagé sur une pente dangereuse messieurs. A force de négliger les personnes qui remplissent les gradins tout au long de l’année et qui font vivre ce stade, vous allez finir par tuer le football. Un sport sans public et sans ferveur est un sport mort.
Aujourd’hui, je suis supportrice stéphanoise, mais j’aurais pu être supportrice sochalienne, lilloise, angevine ou monégasque. Aujourd’hui, comme bien trop souvent ces derniers temps, le football, votre football me dégoûte. Ce week-end, vous avez une fois de plus prouvé votre incompétence et votre aveuglement. Et au nom de tous les supporters de football se rendant au stade, je voudrais vous remercier du fond du cœur, pour l’ensemble de votre œuvre.
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