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Beşiktaş, Fenerbahçe et Galatasaray : des clubs mal dirigés
Posté le 24 Dec 2010 par cimbomparis
L’année 2010 qui s’achève aura été rude pour les trois grands clubs d’Istanbul. Bursa champion la saison dernière, Trabzon leader du championnat, les clubs anatoliens mènent désormais la danse. Malgré des transferts prestigieux, Beşiktaş, Fenerbahçe et Galatasaray sont tous les trois un fiasco sur le plan sportif. A qui la faute ?

Tremblement de terre dans le football turc le 16 mai 2010 : Bursa est sacré champion de Turquie après une victoire 2-1 contre Beşiktaş. Tenu en échec à domicile par Trabzon, Fenerbahçe se fait souffler le titre a la dernière minute. Beşiktaş et Galatasaray avaient déjà renoncé au titre il y a bien longtemps.
Et force est de constater qu’à la mi-saison, la tendance a la baisse des trois grands semble s’accentuer. Galatasaray, sorti par le Carpates Lviv en tour préliminaire de l’Europa League, et Fenerbahçe, qui a échoué contre les modestes clubs du Young Boys Berne et du PAOK Salonique en tours préliminaires de Coupe d’Europe, ont confirmé leur chute. En championnat, les trois grands qui trustaient habituellement les premières places sont aujourd’hui distancés : Fenerbahçe est troisième, a déja neuf points de la première place, Beşiktaş cinquième, alors que Galatasaray pointe a la onzième place du classement!
Les dirigeants responsables
Voulant décider a tous les niveaux, renvoyant les entraîneurs au moindre coup dur, réalisant des transferts incohérents…, les présidents de club, actuellement Yıldırım Demirören, à Beşiktaş, Aziz Yıldırım, a Fenerbahçe, et Adnan Polat, a Galatasaray, sont pointés du doigt pour leur mauvaise gestion sportive.
Des changements d’entraîneur a répétition
C’est une tradition en Turquie. L’entraîneur est jugé comme le premier responsable en cas de mauvais résultats, et donc le premier à partir. Une mauvaise série et le coach saute, à cause de la pression populaire bien sûr, mais également des dirigeants qui font des entraîneurs des boucs émissaires, craignant que la critique ne rejaillisse sur eux.
Une situation qui favorise l’instabilité et empêche toute construction d’effectif solide sur une certaine durée. En restant au grand maximum deux années, les entraîneurs ont de la peine à faire respecter leur autorité face a des joueurs qu’ils n’ont souvent pas choisis. Il est alors d’autant plus difficile de mettre en place un système de jeu.
Poussé au départ de Beşiktaş - malgré un bilan honorable - après une élimination de la coupe de l’UEFA en 2008 contre le Metalist Kharkiv (qui atteindra les quarts de finale de la compétition cette année-là), Ertuğrul Sağlam en sait quelque chose. Passé a la tête de Bursa depuis deux ans désormais, il a permis aux Crocodiles, actuels dauphin de la Süperlig, de remporter leur premier titre de champion et de jouer la Ligue des Champions. Beşiktaş peut s'en mordre les doigts.
Des grands entraîneurs comme Zico à Fenerbahçe ou Lucescu à Galatasaray (un titre de champions, une deuxième place et un quart de finale de Ligue des Champions en deux ans pour chacun) ont aussi fait les frais de cette politique impatiente des dirigeants. Et ne sont pas les seuls : Del Bosque (champion du monde avec l'Espagne en 2010), Rijkaard (vainqueur de la Ligue des Champions avec le Barça en 2006), ou Gerets ont aussi été virés de Turquie, ce qui prouve que le problème des trois grands ne vient pas des entraîneurs.
Conscients de cette situation, les entraîneurs étrangers prévoient désormais des contrats en béton, prévoyant des fortes indemnités en cas de renvoi. Aragones aurait touché sept millions d’euros de Fenerbahçe Del Bosque 6,7 millions d’euros de Beşiktaş et Rijkaard 3,5 millions d’euros de Galatasaray. De l’argent jeté par les fenêtres en somme, alors que ces clubs sont déjà sujets à des dettes importantes.
Cette politique de court-terme est malsaine car elle discrédite le rôle de l’entraîneur. Difficile de se faire respecter des joueurs, quand eux savent qu’il n’est que de passage et qu’il sera seul coupable en cas de contre-performance Michael Skibbe, entraîneur de Galatasaray lors de la saison 2008/2009, faisant renouer le club avec son glorieux passé européen avec des victoires a Benfica ou au Hertha Berlin, est viré en février 2009 après une défaite 5-2 contre Kocaelispor… avec deux buts adverses dans les dernières minutes. Certains joueurs turcs, mécontents de ses choix tactiques, auraient délibérément laisser filer le match pour forcer son départ. C’est dans ces conditions que le rôle des dirigeants est de soutenir l’entraîneur. Chez les trois grands, ce n’est pas le cas…
Facteur aggravant, les entraîneurs ne restant pas longtemps, les dirigeants ne leur donnent pas la main libre quand il s’agit de faire l’équipe et décider des transferts...
Une politique de transferts incohérente
Des joueurs connus et surpayés, mais souvent pas recrutés aux postes nécessaires et des joueurs turcs médiocres. Voici de façon volontairement caricaturée, ce qui compose l’effectif des trois clubs stambouliotes.
Seul le nom compte si on fait venir un joueur de l’étranger. Alors qu’une politiquement de recrutement viable se ferait plutôt en étudiant les postes nécessaires, les transferts a Istanbul sont d’abord décidés en fonction des grands noms disponibles, moyennant des millions d’euros de transferts et de salaires.
De plus, il apparait comme une nécessité pour les dirigeants de faire des transferts tous les six mois pour se justifier d’une bonne gestion (!) et faire parler d'eux dans les médias. L'heure d'arrivée en Turquie des joueurs recrutés sera rendue publique pour qu'une foule en délire accueille la nouvelle recrue à l'aéroport Atatürk : l'occasion pour les dirigeants de renforcer leur soutien populaire.
La limite réglementaire imposée de six étrangers sur le terrain (8 dans l’effectif de match) oblige les clubs à “dégraisser” l’effectif de joueurs étrangers pour en amener des nouveaux. Symbole de la stupidité et l’ingratitude de cette méthode : la rupture du contrat de Shabani Nonda, meilleur buteur de Galatasaray, a l’intersaison en 2009, pour permettre l’arrivée en prêt du brésilien Jo. Passant six mois de vacances a faire la fete dans sa villa payée par le club, l’attaquant repartira pour Manchester City sous les sifflets du public. Un gâchis terrible…
Sur le papier, avec des joueurs comme Quaresma, Guti (Beşiktaş), Misimovic, Kewell, Insua et Giovanni Dos Santos, ou Elano dans le passé (Galatasaray), Niang, Güiza (Fenerbahçe) etc, les effectifs des trois grands font rêver. Mais on s’aperçoit vite que :
- Tous ces transferts concernent essentiellement l’attaque au détriment de tous les autres postes. Les trois grands sont des passoires en défense (Fenerbahçe meilleure attaque mais neuvième meilleure défense en championnat par exemple)
- Une des raisons est que ce sont les dirigeants et non les entraîneurs qui décident généralement des transferts. Rijkaard qui réclamait le recrutement de défenseur pendant le mercato n’a pas été écouté. Le défenseur Servet, dont il ne voulait pas, sera maintenu contre son gré. C’est ce dernier qui est responsable sur le quatrième but d’Ankaragücü à Sami Yen (4-2), qui entraîne le renvoi du coach batave…
- Le championnat turc n'étant pas suffisamment attractif, ces transferts demandent des investissements supérieurs a la valeur de marché (prix du transfert et salaire proposé), des sommes qui pourraient être investies bien plus intelligemment dans d’autres joueurs moins chers mais avec un rendement supérieur. D’autant que les trois grands sont les spécialistes des moins-values quand ils revendent un joueur étranger (Elano acheté 8,5 millions d’euros, vendu pour 2,9 millions d’euros, ou Güiza acheté 17 millions d’euros qui ne vaut quasiment plus rien).
- Ces transferts aboutissent à des déséquilibres majeurs dans l’effectif. Déséquilibre de niveau, d’abord, un grand joueur s’illustre d’autant plus que ses coéquipiers sont bons. Quaresma et Ibrahim Üzülmez, Misimovic et Ali Turan, Niang et Selçuk Şahin, dans la même équipe, ça montre l’écart de qualité qui peut exister au sein des effectifs. Sans compter les écarts de salaire, qui créent jalousie et mauvaise ambiance dans l’effectif entre joueurs turcs et étrangers.
En football, il ne suffit pas d'aligner des joueurs cote à cote sur le terrain pour les voir jouer ensemble, l'état d'esprit et l'esprit d'équipe ne se crée pas de rien et en un jour ; le manque flagrant de logique dans le recrutement, basé uniquement sur le critère de notoriété, se fait cruellement sentir.
Un manque de vision
C’est donc clairement d’un manque de vision de la part des dirigeants dont souffrent les trois grands. Pour sécuriser leur place, ceux-ci se prennent à faire rêver leurs supporters a coups de millions d’euros et de transferts, en oubliant l’essentiel : la performance sportive.
Le recrutement de grands noms, aux postes d’entraîneur ou de joueur, est un moyen pour les dirigeants de faire leur publicité et de se dédouaner en cas de mauvaise performance.
Des sommes gigantesques sont ainsi utilisées à mauvais escient, plutôt que d’être investies dans le futur : infrastructures, formation, recrutement d'espoirs etc
Pourtant, on se rend bien compte qu’avoir dépensé des fortunes en transfert ne devrait pas être une excuse pour les dirigeants. Car c’est bien d’une déficience majeure en terme de stratégie et d’organisation, et d’un manque de courage, dont sont coupables les dirigeants des trois grands.
En France, Lyon étant avant-dernier et relégable a l’issue de sept journées, avec une seule victoire (contre le promu Brest). Apres une défaite a domicile contre Saint-Etienne lors du derby (0-1), Jean Michel Aulas, président du club était descendu sur le terrain et avait soutenu son entraîneur au micro devant des supporters appelant à la démission de Claude Puel. Le futur lui a donné raison : l'Olympique Lyonnais est aujourd’hui qualifié pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions et à un point de la première place.
Entre Yıldırım Demirören, Aziz Yıldırım et Adnan Polat, qui aurait eu le courage de faire la même chose ? Probablement aucun, et c'est bien pour cela qu'aucun de leur club n'est aujourd'hui en Ligue des Champions.