Citation (mjbrendano @ Jan 29 2011, 12:11)

Le but n'est pas de tomber d'accord à la fin, de toute façon. Il suffit de lire les propos de certains sur ce topic pour prendre conscience de l'évolution des mentalités, mais ailleurs on trouve également l'exact contraire. Au début de mon intervention, j'écrivais que, depuis 2-3 ans, une prise de conscience globale du problème était perceptible chez les supporters, et je lis de plus en plus d'avis allant dans le sens du retour au national.
Ah ben l'évolution des mentalités, ça me fait peur personnellement. De même pour l'attitude du "vrai" supporter. Je ne vais pas détailler le fond de ma pensée pour ne pas passer pour quelqu'un qui fait la morale, mais quand on devient uniquement supporter du résultat alors que ça ne rapporte rien d'autre que quelques échauffements dans le slip une fois par semaine, que l'on défendrait moins sa mère que l'on défend son club que l'on considère par ailleurs comme un simple palmarès et une couleur de maillot, que l'on gère mieux les finances d'un club que ses propres comptes, je pense qu'il y a vraiment un problème quelque part. C'est presque une mentalité logique étant donné ce qu'est/est devenu le football, mais quel paradoxe dans bien des cas vis-à-vis de leurs convictions dans la vie de tous les jours, quel dommage, qu'est-ce que c'est moche !
Citation (mjbrendano @ Jan 29 2011, 12:11)

L'UE serait contraignante pour les producteurs de pommes ?
Blague à part, je ne parlais pas de faire le commerce de sa récolte, mais de l'avoir sous le nez, et de la consommer soi-même. Le dirigeant de club est le proprio des pommiers, et n'a que à se servir chez lui, car c'est à la fois bon et plus simple. Ce qui m'exaspère, pour en revenir au football, et à ce que l'ère du temps tend à imposer comme un principe fondamental, c'est la doctrine du « plus c'est loin, plus c'est beau ».
Non seulement c'est faux, mais surtout, pour en revenir au foot, plus nous tournons le dos à nos talents locaux, plus nos résultats sur la scène européenne, et le niveau de notre championnat baissent. Je veux bien lire ou entendre tout ce qu'on veut sur les avantages économiques de telle ou telle option, mais d'une part, c'est souvent très discutable (les clubs de foot n'ont jamais été aussi endettés que depuis l'abandon du local), et d'autre part, la finalité première demeure , à moins que ça ait aussi changé, d'obtenir des résultats sportifs.
La métaphore a ses limites dans l'analogie et peut être "multiple". Ainsi, d'une part les ravages économiques indirects ou directs de l'Union Européenne et du mondialisme sur les petits producteurs ne sont ni une nouveauté, ni le fruit de mon imagination, et ils sont au contraire plutôt avantageux sur ce même plan pour ce que représente aujourd'hui un grand club de football professionnel : en ce sens qu'elle n'incite plus réellement les petits clubs à former, encore moins les gros, et encore une fois il faut bien comprendre que les gros clubs surfent sur la vague et qu'ils ne cherchent pas réellement à y opposer résistance, au contraire. Aussi, quand on a surfé sur la vague au début, on peut pas se plaindre qu'elle est devenue trop grande. Et, d'autre part, notamment au vu de ce qui vient d'être illustré, le producteur de pommes ne désigne pas que le gros club : il s'agit parfois également de l'Italie (sinon le club voisin n'est pas étranger mais un rival local) dans les différents sens du terme, les grosses cagettes faisant alors référence aux grands clubs italiens.
Ensuite, je voudrais redire qu'en dépit des bilans souvent dans le rouge ou à la limite des grands clubs européens, il ne faudrait pas oublier de les restituer dans leur environnement économique (investisseurs, etc), tu m'as semble-t-il fait un peu trop l'impasse sur cet aspect de la métaphore et qui est pourtant essentiel, c'est même l'idée de fond qui me semble assez largement récurrente voire dominante : dommage que tu n'en retiennes qu'un point duquel tu ne tires qu'un élément que tu "détournes en ta faveur". Nombreux clubs sont dans le rouge mais les sommes qu'ils brassent pour obtenir des résultats, ce que toi même tu définis comme la finalité première d'un club, sont conséquentes. Ce qu'est aujourd'hui un grand club de football me semble quand même beaucoup plus complexe que ce que tu laisses entendre. Cette évolution du football, qu'encore une fois je n'apprécie pas vraiment, ne permet plus de dire "si on faisait comme avant, ce serait comme ceci ou comme cela", non pas parce que c'est illusoire ou totalement faux de le faire, mais tout simplement parce que ça n'est plus comme avant.
Le fonctionnement actuel des gros clubs est aujourd'hui tel, qu'il ne permet pas un strict retour en arrière. Je ne m'oppose naturellement pas aux différentes mesures qui viseraient à réguler les excès, encore une fois, tant qu'elles se font en respect des règles du système, et non pas via un autre système contestataire. Ainsi, je suis d'accord avec ce discours relatif qui relie la formation à l'endettement, sans doute un peu moins, dans le cas général - parce qu'il n'y a pas que l'Italie -, à la régression du championnat. Et je t'ai déjà cité des contre-exemples comme l'Angleterre. Aussi, le Milan n'a ni gagné comme l'Inter, ni comme la Lazio : même si certains joueurs ont trempé dans la formation italienne, ça s'est souvent fait dans les équipes premières, non pas dans les équipes jeunes. On en a déjà parlé.
Lecture recommandée :
Etude de la rentabilité d'un club de football Ce n'est pas vraiment la Bible, je trouve ça, sans prétention aucune, un peu "léger" comme étude sur certains points, mais ça a au moins le mérite d'expliquer les paramètres qui entrent en jeu dans le football, dont certains que tu me sembles oublier. Si des mesures doivent être prises, elles doivent l'être dans l'esprit qui y est suggéré, non pas selon des convictions personnelles, parce que ça nous plait plus. J'entends parfaitement ton argumentaire de l'endettement, à celui des résultats j'oppose des contre-exemples qui montrent que les constats qui sont faits à Milan ne s'appliquent pas systématiquement partout en Europe. Tu peux défendre cette idée de la préférence nationale mais si parallèlement tu écris notamment " c'est la doctrine du « plus c'est loin, plus c'est beau » ", on peine à comprendre ce que tu défends réellement : des valeurs sportives ou des convictions "politico-économiques". Tu peux défendre les deux, veille juste à ce qu'encore une fois, ils n'entrent pas en contradiction ce qui me semble plus que probable dans le football.
Citation (mjbrendano @ Jan 29 2011, 12:11)

Oh, tu sais, on est rarement perçu comme bien-pensant lorsqu'on prend ses distances avec le concept de citoyen du monde. Défendre l'enracinement et une forme de fierté nationale te vaut systématiquement d'être classé extrême droite, donc aucun risque.
Le fond du problème – et j'en profite pour répondre à la fois à ce passage, et à ta première partie – est qu'on t'a construit une sphère dont tu ne peux t'extraire parce que tu y vis, donc oui, tu payes en euros, même si tu es pour le franc (il ne s'agit pas d'une opinion personnelle, mais d'un exemple), car la monnaie officielle en France est l'euro. Si tu débarques avec dix francs dans ta boulangerie, en principe on te refuse tout produit, donc comme le but n'est pas de crever de faim, tu payes en euros. Certaines choses sont possibles, d'autre pas, car le système est à la fois fort et cadenassé dans bien des domaines. Toutefois, je ne crois pas que ça oblige pour autant à tout accepter, et à faire là où on nous dit de faire. Le système a créé une cohérence forcée, donc le contrecarrer, dans un seul domaine – quoique certains, comme la fonction publique, conservent un statut particulier – , présente forcément des paradoxes et contradictions, car tu ne peux, seul, présenter une sorte d'anti-système aussi performant que celui des puissances d'argent, défendu par le pouvoir.
Malgré tout, avec les moyens à disposition, il est parfaitement possible de présenter un autre modèle de jeu, d'équipe de foot, d'autres valeurs, etc, et si en plus ça nous permet, comme dans les années 90, de dominer l'Europe, alors il ne faut surtout pas s'en priver. Montrer l'exemple n'est pas un mal, et si pour le faire nous pouvons utiliser les mêmes armes que le système, alors ce n'est que plus jouissif.
Je suis d'accord sur le constat que tu fais et je l'avais mentionné plus tôt : si tu défends la préférence nationale, le protectionnisme et l'exemple du retour de au franc, tu as effectivement de grandes chances d'être archivé du côté de l'extrême droite. Les mises en rayons des individus sont aujourd'hui expresses, sache que je ne le faisais pas. Mais, si je suis d'accord sur le fait que dans certains cas il est difficile de mettre en application ses idées, je crois que dans le cas du football qui est un loisir, le choix te revient entièrement. Et il te revenait déjà lorsque tu as commencé à supporter le Milan qui pratiquait sans doute déjà ce que tu dénonces aujourd'hui à un degré supérieur ou inférieur, selon le point de vue. Je veux dire, limite si tu fais du football une exception à tes convictions de fond, que tu te rends compte de la supercherie mais que la passion reste forte, je ne vais pas venir te faire un procès. La seule chose que je dis, c'est que quand on réclame des choses, il faut être sûr des raisons qui nous poussent à le faire et de ne pas tout mélanger : ne pas défendre une idée en fonction d'une autre qui n'a rien à voir. Après, sur le principe qu'il y a mieux à faire que ce qui est actuellement, avec les moyens à disposition, je suis entièrement d'accord, et ça ce n'est pas nouveau.