Erdinç : «Je veux rester modeste, comme le milieu d’où je viens»
Portrait de l’international turc, Mevlüt Erdinç, qui décrit son parcours de ses débuts à Saint-Claude, dans le Jura, jusqu’au Paris-Saint-Germain. Transféré de Sochaux au club parisien, sous le maillot duquel il a marqué 2 buts en 4 matchs, le vainqueur de la Coupe de France 2007, raconte ses liens avec sa communauté d’origine, les problèmes du football turc et ses projets d’avenir.
Quel rapport entretiens-tu avec la communauté turque de France ?
J’ai commencé le football à 9 ans, à Saint-Claude, dans le Jura, où vit une forte communauté turque. J’ai grandi là-bas jusqu’à 13 ans. J’y vais encore pour voir mes sœurs, mes parents. Je retourne à Saint-Claude quand j’ai la chance de pouvoir le faire, ça me permet de revoir la famille, les amis d’enfance. Ça me donne une énergie. C’est important pour moi de garder le contact avec la communauté turque.
Que représente pour toi ce lien avec la communauté ?
Ça représente pour moi une fierté. Je suis turc, attaquant au PSG. Je viens de Saint-Claude, là où jamais un Turc n’a réussi dans le football. C’est même un peu une responsabilité car je me dis que je dois réussir et que je ne dois pas échouer.
C’est pour toi une source de motivation supplémentaire ?
Bien sûr. Je me dis que je dois réussir, être bon. J’essaye d’être un exemple, de donner une bonne image. J’essaye d’être exemplaire dans mon comportement. Je joue au Paris-Saint-Germain. C’est la capitale de la France. Un Turc qui joue à l’attaque du PSG, c’est beaucoup de regards. Je suis obligé de donner une bonne image.
Que fais-tu par exemple pour donner une bonne image ?
Ça passe par le fait d’être moi-même, de rester fidèle à la tradition turque. Je viens d’un milieu modeste, j’ai pas besoin de me montrer. J’ai besoin de rester simple parce que le milieu d’où je viens est simple.
Tu n’aime pas le style « tape-à-l’œil » ?
Non, pas du tout. Mon père est arrivé en France dans les années 70, pour pouvoir travailler. Il travaillait à l’usine. Aujourd’hui, j’ai envie d’être dans la continuité.
Qu’est ce que ça représente pour toi de jouer au PSG ?
Franchement c’est une fierté. C’est une fierté parce que je me dis que je suis un joueur turc au Paris-Saint-Germain.
Tu as parfois été critiqué. Tu trouves qu’on a été dur avec toi ?
Les critiques, je les ai acceptées. C’était parce qu’on ne me connaissait pas. On va mieux me connaître au PSG. C’est un club mondialement connu. On va bientôt voir ce dont je suis capable.
Les joueurs turcs de France manquent de modèles. Pourquoi il y a si peu de joueurs turcs professionnels en France ?
Je pense que c’est difficile d’être footballeur en France.
Ce n’est pas un problème de discriminations ?
Non, pas du tout. Moi, quand j’étais en centre de formation. J’ai jamais vu de discrimination. Celui qui veut réussir, et qui montre qu’il veut réussir, qui se fait petit, il se débrouille, et il a ce qu’il mérite.
Il n’y a pas une absence de modèles ?
Oui, c’est sûr. Moi, j’aimerai être un modèle pour ces jeunes Turcs. Quand j’étais à Saint-Claude, j’étais un peu un modèle pour les jeunes Turcs. Ça leur donnait une source de motivation. Les jeunes n’ont pas d’exemples à suivre. Ils ne pensent pas que la réussite soit possible. Ils savent déjà ce qu’ils vont faire. Leur destin est déjà tout tracé. Moi-même, parfois des amis me demandent ce que j’aurais fait si je n’avais pas joué au foot. Justement, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Je n’avais rien d’autre en tête. Je voulais juste réussir dans ce que j’avais décidé de faire.
Il y a de nombreux jeunes turcs dans les centres de formations en Allemagne mais on ne les voit pas souvent jouer en Turquie ? La Turquie a-t-elle du mal, selon toi, à prendre conscience de ce potentiel ?
Il faut dire ce qui est. Les championnats européens, en France ou en Allemagne, sont de très bons centres de formation. S’ils sont dans des centres de formations et ils réussissent à devenir pros, c’est qu’ils ont vraiment du talent. Je pense que la Turquie devrait beaucoup plus s’intéresser à eux.
Où est le problème concrètement ?
Moi, par exemple, le problème que j’ai eu c’est que le dirigeant turc ne parlait pas français. J’ai donc été obligé de faire tout tout seul, pour pouvoir jouer en équipe de Turquie. Il n’y avait pas d’intermédiaire entre le sélectionneur turc que j’avais en tant que jeune et le sélectionneur français. Il y avait un problème de communication. Après, c’est peut-être mieux en Allemagne.
Il y a malgré tout une jeune génération qui émerge en France ?
Oui, il y en a petit à petit. Dans le centre de formation de Sochaux, il y a par exemple Serdar Gürler.
Et si un jour tu jouais en Turquie ça serait quel club ? Tu as une idée ?
A Galatasaray. J’aimerais bien jouer à Galatasaray. Quand j’étais petit, avec mon frère Ramazan, on regardait tout le temps, les matchs de coupe d’UEFA ou de ligue des champions, la génération Hagi et Hakan Sükür…
C’est juste un rêve ou c’est possible ?
C’est surtout un rêve de gosse.
Mais tu pense qu’un jour ça pourrait se concrétiser ?
Oui.Tu as eu des propositions ?
Oui, mais, j’étais plus jeune. C’était pas des propositions sérieuses.
Tu aimerais en avoir de plus sérieuses ?
A l’avenir oui.
Qu’as-tu ressenti en voyant la Turquie être éliminée pour la coupe du monde ?
Je suis déçu. On a fait une petite erreur quelque part et on a payé cash les conséquences. C’était de ne pas gagner en Estonie. Parce que la Bosnie a gagné en Estonie. Puis on n’a pas réussi à battre la Belgique à domicile. Ça nous a fait perdre 4 points.
Que penses-tu du départ de Fatih Terim. Il aurait dû rester ?
Franchement, selon moi, Fatih Terim, c’est l’entraîneur qu’il faut pour la Turquie. C’est un entraîneur qui a les idées larges. Il connaît aussi bien le football turc que le football européen. Pour moi, c’était l’idéal pour faire grandir la Turquie. Au moins pour le football turc, il aurait du rester.
Qui devrait le remplacer selon toi, un Turc ou en étranger ?
Je ne peux rien dire à ce propos. S’il mette quelqu’un pour entraîner l’équipe de Turquie, c’est qu’il a les compétences pour le faire.
Que penses-tu de l’irrégularité de l’équipe nationale de Turquie d’une année à une autre ? Quels sont ses principaux défauts ?
Le football européen et le football turc sont très différents. Le football turc, c’est beaucoup de folie, beaucoup de talent. Alors que le football européen c’est beaucoup de talent mais avec de la discipline. En Turquie, il y a beaucoup de folie et de talent, mais il manque parfois de la rigueur et de la discipline. En Europe, c’est beaucoup plus de professionnalisme, dès le plus jeune âge.