Citation
Un vrai pataquès
A l’image de l’UNFP refoulée par l’OM à la Commanderie, la situation ne va pas en s'améliorant et la menace de grève pèse toujours plus sur la L1. Décryptage.
Les raisons de la menace de grève
Si ça continue ça, la grève, on y va tout droit ! L’UNFP et les présidents de clubs ne semblent pas près d’accorder leurs violons. En témoigne la scène un peu grotesque qui s’est déroulée mercredi devant la Commanderie. Deux représentants du syndicat des joueurs, Sylvain Kastendeuch et Philippe Fluckinger, se sont vus refuser l’accès au centre d’entraînement de l’OM. Ils désiraient pourtant simplement aller à la rencontre des joueurs olympiens pour évoquer avec eux les raisons de la grève qui se profile sur la Ligue 1. Et les convaincre du bien fondé de leurs revendications.
Mais au fait, pourquoi tant de bruit ? Un projet de réforme du Conseil d’administration de la Ligue, visant à placer les présidents de club en position majoritaire, est en marche et lors du prochain CA, le 14 novembre prochain, la modification des statuts pourrait être entérinée. L'Union des joueurs professionnels estime qu'avec cette réforme, les présidents de clubs pourront décider entre eux de l'avenir du football français.
L'UNFP fait constater l'attitude des clubs
Mais alors que dans la plupart des autres clubs de L1, l’UNFP a été bien reçue, cela n’a pas été le cas à l’OM (comme au Mans et à Monaco). Les deux représentants syndicaux se sont donc retrouvés sous la pluie à poiroter devant la Commanderie. Heureusement, ces derniers avaient pris le soin de convier toute la presse du coin pour ne pas trop s’ennuyer… Et de faire ainsi constater qu’ils venaient de se faire interdire l’entrée de la Commanderie. "Si les dirigeants de marseillais refusent de nous faciliter le contact avec les joueurs, c'est qu'ils redoutent qu'on leur donne les bonnes infos" a ainsi déclaré à chaud Kastendeuch à Football365.fr. "Je trouve que cela se retourne contre eux. Ça manque d'élégance et d'ouverture d'esprit. Mais nous ne sommes pas surpris de cet accueil".
Évidemment qu’ils n’étaient pas surpris les deux lascars : ils le savaient déjà ! L’OM leur avait en effet déjà signifié au préalable qu’ils ne pourraient pas entrer à la Commanderie. Ce que le club olympien a révélé dans un communiqué : "Philippe Flucklinger nous a dit mardi souhaiter venir mercredi à la Commanderie pour rencontrer nos joueurs pour défendre l'appel à la grève. La direction du club lui avait répondu qu'elle respecte l'exercice du droit syndical, mais que cette rencontre ne pourrait avoir lieu à la Commanderie, car nous ne voulions pas favoriser dans notre propre enceinte des intérêts contraires à l'ensemble des clubs français. L'UNFP n'en a pas tenu compte et en a même profité pour convoquer la presse devant la Commanderie pour faire un peu de battage médiatique, alors que nous avions aussi dit au syndicat qu'il était bien entendu libre de rencontrer n'importe où ailleurs les Olympiens". Mise en œuvre réussie donc pour les deux représentants de l’UNFP.
Faut-il craindre la réforme ?
Mais celle-ci a eu au moins le mérite de mettre encore un peu plus au grand jour le fossé qui se creuse entre les présidents de clubs et les autres familles du football. Ces derniers en voulant obtenir la majorité au Conseil d’Administration de la Ligue espèrent mettre la main sur le contrôle économique du fonctionnement du foot pro français. Et pouvoir prendre plus facilement des décisions en faveur des clubs les plus puissants. "Les clubs sont passés du statut de simple association à celui de société anonyme, avec à leur tête des présidents et des actionnaires sur les épaules desquels pèsent de lourdes responsabilités, tant civiles que pénales ou financières. Ces mêmes investisseurs doivent donc pouvoir maîtriser tous les aspects économiques de leur activité" disait ainsi le secrétaire général de l’OM Julien Fournier sur le site du club.
D’où les craintes notamment de l’UNFP : "Nous sommes à un tournant. Si on ne se défend pas, les présidents pourraient vite créer, par exemple, un système de Ligue privée, à l'américaine, pour se passer des plus petits. Et si on donne toutes les clés aux présidents, on ne va plus rien contrôler" s’inquiète Kastendeuch. L’UNFP sait aussi surtout qu’elle perdrait du poids au sein de la Ligue et espère en ce sens convaincre les joueurs de faire grève si le projet de réforme est maintenue.
Les joueurs au cœur d'un débat qu'ils ne maîtrisent pas
Ces derniers devraient dans l’ensemble suivre le mouvement car mis à part quelques joueurs comme Laurent Bonnart (le délégué des joueurs à l’OM) conscients de la situation, la grande partie n’a guère d’avis tranché sur la question et se rangeront du côté de la majorité. Seules les questions concernant les contrats des joueurs (salaires, durées…) auraient pu éveiller leur conscience, mais celles-ci ne seront pas concernées par la réforme puisque dépendantes non pas du CA de la Ligue mais d’une commission paritaire où l’équilibre n’est pas menacé.
Qu’importe, si la situation reste bloquée, les joueurs pourraient très bien être amenés à faire grève le week-end d’OM-PSG. On en n’est pas là, mais la balle est entre les mains de Frédéric Thiriez, le président de la LFP, pris entre deux feux, lui qui avait promis la réforme aux présidents de club afin d’être réélu. Une balle brûlante donc. Après l’arbitrage inutile du secrétaire d’État aux Sports Bernard Laporte (« la réforme est légitime mais pas aujourd’hui »), il serait bien maintenant que l’UCPF (le syndicat des présidents) et l’UNFP (ainsi que l’UNECATEF, syndicat des entraîneurs) ouvrent le dialogue avant l’Assemblée Générale de la LFP du 14 novembre, mais surtout avant le OM-PSG du 26 octobre ! Ce n’est pas en mettant des barrières comme l’OM l’a fait mercredi que les choses vont avancer. Un terrain d’entente est-il possible ? En tout cas, une chose est sûre : personne ne veut voir de grève…
A l’image de l’UNFP refoulée par l’OM à la Commanderie, la situation ne va pas en s'améliorant et la menace de grève pèse toujours plus sur la L1. Décryptage.
Les raisons de la menace de grève
Si ça continue ça, la grève, on y va tout droit ! L’UNFP et les présidents de clubs ne semblent pas près d’accorder leurs violons. En témoigne la scène un peu grotesque qui s’est déroulée mercredi devant la Commanderie. Deux représentants du syndicat des joueurs, Sylvain Kastendeuch et Philippe Fluckinger, se sont vus refuser l’accès au centre d’entraînement de l’OM. Ils désiraient pourtant simplement aller à la rencontre des joueurs olympiens pour évoquer avec eux les raisons de la grève qui se profile sur la Ligue 1. Et les convaincre du bien fondé de leurs revendications.
Mais au fait, pourquoi tant de bruit ? Un projet de réforme du Conseil d’administration de la Ligue, visant à placer les présidents de club en position majoritaire, est en marche et lors du prochain CA, le 14 novembre prochain, la modification des statuts pourrait être entérinée. L'Union des joueurs professionnels estime qu'avec cette réforme, les présidents de clubs pourront décider entre eux de l'avenir du football français.
L'UNFP fait constater l'attitude des clubs
Mais alors que dans la plupart des autres clubs de L1, l’UNFP a été bien reçue, cela n’a pas été le cas à l’OM (comme au Mans et à Monaco). Les deux représentants syndicaux se sont donc retrouvés sous la pluie à poiroter devant la Commanderie. Heureusement, ces derniers avaient pris le soin de convier toute la presse du coin pour ne pas trop s’ennuyer… Et de faire ainsi constater qu’ils venaient de se faire interdire l’entrée de la Commanderie. "Si les dirigeants de marseillais refusent de nous faciliter le contact avec les joueurs, c'est qu'ils redoutent qu'on leur donne les bonnes infos" a ainsi déclaré à chaud Kastendeuch à Football365.fr. "Je trouve que cela se retourne contre eux. Ça manque d'élégance et d'ouverture d'esprit. Mais nous ne sommes pas surpris de cet accueil".
Évidemment qu’ils n’étaient pas surpris les deux lascars : ils le savaient déjà ! L’OM leur avait en effet déjà signifié au préalable qu’ils ne pourraient pas entrer à la Commanderie. Ce que le club olympien a révélé dans un communiqué : "Philippe Flucklinger nous a dit mardi souhaiter venir mercredi à la Commanderie pour rencontrer nos joueurs pour défendre l'appel à la grève. La direction du club lui avait répondu qu'elle respecte l'exercice du droit syndical, mais que cette rencontre ne pourrait avoir lieu à la Commanderie, car nous ne voulions pas favoriser dans notre propre enceinte des intérêts contraires à l'ensemble des clubs français. L'UNFP n'en a pas tenu compte et en a même profité pour convoquer la presse devant la Commanderie pour faire un peu de battage médiatique, alors que nous avions aussi dit au syndicat qu'il était bien entendu libre de rencontrer n'importe où ailleurs les Olympiens". Mise en œuvre réussie donc pour les deux représentants de l’UNFP.
Faut-il craindre la réforme ?
Mais celle-ci a eu au moins le mérite de mettre encore un peu plus au grand jour le fossé qui se creuse entre les présidents de clubs et les autres familles du football. Ces derniers en voulant obtenir la majorité au Conseil d’Administration de la Ligue espèrent mettre la main sur le contrôle économique du fonctionnement du foot pro français. Et pouvoir prendre plus facilement des décisions en faveur des clubs les plus puissants. "Les clubs sont passés du statut de simple association à celui de société anonyme, avec à leur tête des présidents et des actionnaires sur les épaules desquels pèsent de lourdes responsabilités, tant civiles que pénales ou financières. Ces mêmes investisseurs doivent donc pouvoir maîtriser tous les aspects économiques de leur activité" disait ainsi le secrétaire général de l’OM Julien Fournier sur le site du club.
D’où les craintes notamment de l’UNFP : "Nous sommes à un tournant. Si on ne se défend pas, les présidents pourraient vite créer, par exemple, un système de Ligue privée, à l'américaine, pour se passer des plus petits. Et si on donne toutes les clés aux présidents, on ne va plus rien contrôler" s’inquiète Kastendeuch. L’UNFP sait aussi surtout qu’elle perdrait du poids au sein de la Ligue et espère en ce sens convaincre les joueurs de faire grève si le projet de réforme est maintenue.
Les joueurs au cœur d'un débat qu'ils ne maîtrisent pas
Ces derniers devraient dans l’ensemble suivre le mouvement car mis à part quelques joueurs comme Laurent Bonnart (le délégué des joueurs à l’OM) conscients de la situation, la grande partie n’a guère d’avis tranché sur la question et se rangeront du côté de la majorité. Seules les questions concernant les contrats des joueurs (salaires, durées…) auraient pu éveiller leur conscience, mais celles-ci ne seront pas concernées par la réforme puisque dépendantes non pas du CA de la Ligue mais d’une commission paritaire où l’équilibre n’est pas menacé.
Qu’importe, si la situation reste bloquée, les joueurs pourraient très bien être amenés à faire grève le week-end d’OM-PSG. On en n’est pas là, mais la balle est entre les mains de Frédéric Thiriez, le président de la LFP, pris entre deux feux, lui qui avait promis la réforme aux présidents de club afin d’être réélu. Une balle brûlante donc. Après l’arbitrage inutile du secrétaire d’État aux Sports Bernard Laporte (« la réforme est légitime mais pas aujourd’hui »), il serait bien maintenant que l’UCPF (le syndicat des présidents) et l’UNFP (ainsi que l’UNECATEF, syndicat des entraîneurs) ouvrent le dialogue avant l’Assemblée Générale de la LFP du 14 novembre, mais surtout avant le OM-PSG du 26 octobre ! Ce n’est pas en mettant des barrières comme l’OM l’a fait mercredi que les choses vont avancer. Un terrain d’entente est-il possible ? En tout cas, une chose est sûre : personne ne veut voir de grève…

