Article, très bon, paru dans So Foot :
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Hleb de rien...
jeudi 25 octobre 2007
Il y a toujours des bonnes raisons de ne pas parler d?Aliaksandr Hleb à Arsenal. Il y a toujours un Fabregas réinventant son poste, une mine de Van Persie ou un Walcott dépucelé. Second indispensable de Fabulous Fabre, le Bièlorusse est celui par qui la solution arrive souvent chez les Gunners. Hleb, l?homme du décalage, de la disponibilité permanente, de la passe dans l?intervalle, synthétise ce vieux concept : celui du joueur intelligent.
Du 7 à 0 facturé par Arsenal à des Tchèques du Slavia Prague en halte touristique à l?Emirates entre Buckingham et Harrods, la presse anglaise préfère y voir l?acte de naissance de Theo Walcott. C?est un choix. Bon match du gamin admettons. De la vitesse, de l?audace, mais pas de quoi encore de quoi crier au Messie vue l?opposition. Non l?homme du match s?appelle Aliaksandr Hleb, un garçon de 26 ans venu d?un pays qu?on n?arrive même pas à nommer. Le Belarus ou la Biélorussie, personne ne sait vraiment, personne ne s?y attarde. Derrière cinq des sept buts d?Arsenal se cache la tête blafarde et la nuque juste trop longue de Hleb, milieu gauche ou droit de fonction. Un but et demi, un décalage impossible pour Fabregas entre trois défenseurs depuis le poteau de corner, une caresse dans la course de Walcott, soit un résumé d?une heure des qualités du garçon.
La vie d?Aliaksandr n?a pas toujours été une fête. Dans son expression, il y a comme les vestiges d?un passé maussade, gris, soviétique. 1986, à cinq ans le petit voit son père contraint de retaper des maisons à Tchernobyl, ordre du Parti. Plus tard, avant d?aller le coucher, le paternel lui racontera les rat mutants croisés sans que le fiston sache s?il doit le croire ou non. La famille ne roule pas sur l?or, depuis Tchernobyl le père tousse pas mal, alors que la Biélorussie, à peine indépendante, s?endort dans la naphtaline post-communiste du dictateur-hockeyeur Loukachenko.
A 19 ans, Hleb quitte ce musée brejnévien en plein air pour Stuttgart en compagnie d?un petit frère moins doué, aujourd?hui recalé à Kaunas, en Lituanie. Puis le malheur le rattrape. De passage chez lui à Minsk en 2003, il est impliqué puis innocenté dans un accident de voiture qui coûte la vie à un autre chauffeur. On aura compris, avec Hleb mieux vaut parler foot. Et son football parle pour lui.
S?il n?a jamais lu Bégaudeau (pas encore traduit en Biélorusse), il incarne l?obsession prônée et assénée par son Suaudeau de roman : ?Jouer juste?. Jouer juste, c?est d?abord comprendre où l?autre se déplace, anticiper sa course, donner le ballon dans le bon intervalle, toujours vouloir rendre le partenaire meilleur. Son dribble va à l?essentiel, un crochet, un coup de rein quand l?espace se dégage. Qu?il pointe à droite ou à gauche du milieu, Hlelb trouve toujours Fabregas, ces deux-là se sentent, se recherchent, le jeu de l?Espagnol penche d?ailleurs du côté choisi par son compère. Si Fabregas s?engage dans les brêches, dépasse sans crainte ses fonctions de milieu relayeur, parce qu?il sait que la passe du Biélorusse arrivera dans le sens du jeu entre deux adversaires. L?intervalle toujours.
Avec Arsenal, l?histoire partait sur un mauvais pied pourtant. Aliaksandr Hleb débarque de Stuttgart à l?été 2005 pour 15 millions d?euros avec l?étiquette de meilleur passeur de la Bundesliga. Sur les pelouses anglaises, il subit une mise en quarantaine sévère au contact de l?engagement frontal de la Premiere League. Il s?en étonnera plus tard au Guardian. « En Allemagne je trouvais le jeu le plus facile. Je n?avais pas à courir partout, le style de jeu était plus calme. Ici j?ai parfois l?impression de ne pas avoir le temps de penser sur le terrain ». Pas à son aise, il ramasse, les vannes fusent dans feu Highbury où on entend des « Hleb, il n?est même pas foutu de passer l?eau à table ».
Patient, Wenger lui maintient sa confiance et l?aligne même face à la Juventus et Villarreal lors de l?épopée en C1 du printemps suivant. Le Biélorusse donne alors un premier aperçu de ses qualités et tisse déjà un lien privilégié avec Cesc Fabregas. Il faudra encore un peu de temps pour que les fans oublient Ljungberg, qu?il était amené à remplacer. Hleb marque avec plus de parcimonie que le Suédois et porte moins bien le slip Calvin Klein. Une question d?altruisme (on parle des buts), ce souci permanent de trouver un partenaire mieux placé. Aujourd?hui, Hleb s?avère indispensable à l?équilibre de l?équipe, le peuple des Gunners a fini par l?adopter au point de prolonger ses éclairs d?un « Come on Alex, You can do it » grande classe inspiré de l?épique Laika d?Arcade Fire.
Le Alex, celui de Minsk, des radiations, n?en revient toujours pas. Reconnaissant, il se met à marquer comme face au Slavia, du coup Hleb paraît tout indiqué pour succéder à Ginger Scholes, comme « plus grand joueur sous-estimé ». Une tête, une éthique et un niveau de pathos incomparable : votez Hleb, ça changera de Loukachenko.
Alexandre Pedro