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the auteurs


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Mené par le talentueux et déroutant Luke Haines (entouré initialement de Glenn Collins à la batterie et d'Alice Readman à la basse), The Auteurs s'engouffrent dans le tunnel creusé par Suède dans les années 90'.

 

New Wave  1993

Il faut être réaliste : avec le recul, The Auteurs apparaît plus que jamais, de toute évidence, comme l'un des meilleurs groupes des années 90, laissant une discographie courte mais parfaite et inégalée dans le genre.
Avec un tel nom, The Auteurs, on ne pouvait s'attendre qu'à un groupe d'intellos esthètes, arty et arrogants. Ils le sont, du moins son leader, mais on ne va pas s'en plaindre. Avec un tel titre, New Wave, on pouvait présager d'un double hommage au mouvement musical du même nom et à la Nouvelle Vague française. Luke Haines (ex-The Servants), dandy pince-sans-rire, est un amateur éclairé de musique, de littérature et de cinéma. Des références et des clins d'oeil, il y en a, mais pas forcément celles qu'on attend. Beaucoup plus que du post-punk, The Auteurs s'inspirent du glam rock du début des 70's, T. Rex et Bowie en tête. Tout comme Suede apparu à la même époque. Les deux groupes sont même les fers de lance d'un mouvement remettant au goût du jour le glam, qui avait déjà beaucoup influencé les débuts du rock gothique de la fin des 70's-début des 80's : le batcave londonien et le death-rock californien. Ce néo glam constituait une alternative intéressante au shoegaze, à la brit pop et au grunge de l'époque, apportant une bouffée d'air frais bienvenue. Luke Haines pourrait être comparé à un nouveau Bowie par ses côtés classieux, intellectuel et érudit, et Bret Anderson de Suede à un nouveau Marc Bolan pour sa décadence, son goût pour l'ambiguité sexuelle, le glamour et la théâtralité. Tandis que Bret Anderson s'exhibe en public, Luke Haines préfère écrire des textes. Deux facettes d'un dandy fin de siècle.
La pochette, sobre, classe et glacée, laisse présager du meilleur. Une vieille photo d'un gentleman britannique à la fine moustache vêtu à l'arabe évoquant Lawrence d'Arabie, sur fond noir. Le résultat, c'est un chef-d'oeuvre. Un album de très grande classe, qu'on écoutera toujours dans 20 ans sans le trouver vieilli ou dépassé. Des textes de niveau littéraire, où il est question d'amour et de sexe ("Show Girl"), d'étoiles ("Don't Trust The Stars", "Strastruck") et où Luke Haines fait preuve d'un humour cynique ("Idiot Brother"), raillant parfois le grunge qui monopolisait les ondes à l'époque ("Junk Shop Clothes", "American Guitars"). Un chant lascif, distant et dédaigneux. Des guitares de toute beauté, riffs saturés évoquant Mick Ronson ou Marc Bolan, accords acoustiques en finesse rappelant Bowie, ou arpèges délicats et cristallins, sans compter ce sublime son de 12 cordes. De petites touches de carillon, de xylophone ou de piano. Parfois du violoncelle, et des percussions, T. Rex oblige. Le chanteur-guitariste, auteur et compositeur Luke Haines est épaulé par une section rythmique impeccable, une bassiste à la moue boudeuse et un batteur plus qu'efficace. Des mélodies de premier choix, qui à coup sûr resteront comme des classiques intemporels.
L'album commence fort par l'attaque agressive du bien connu single "Show Girl" qui les a révélés. Le groupe maîtrise à merveille aussi bien les morceaux rapides ("Don't Trust The Stars", "Early Years", le titre caché "New Wave") que les délicates ballades ("Junk Shop Clothes", "Startruck") ou les titres mid-tempo ("American Guitars", "How Could I Be Wrong"). Certains morceaux commencent de façon presque anodine, comme "Housebreaker" qui ensuite touche au sublime.
New Wave se bonifie au fil des écoutes grâce à sa richesse toute en subtilités. Il faut absolument écouter et posséder cet album précieux, d'une très grande classe, sans doute le meilleur de The Auteurs.

https://www.youtube.com/watch?v=SfOoL9VbLzM

 

 

Now I'm A Cowboy 1994

 

Le cap du second album, c'est bien connu, est souvent difficile à franchir pour un jeune groupe. Et plus encore quand le premier opus a bénéficié d'un accueil enthousiaste et que des espoirs ont été placés en eux. Tel est le cas de The Auteurs, qui avaient réalisé avec New Wave un chef-d'oeuvre de finesse, modernisant avec grâce et inventivité le glam rock du début des 70's.
Now I'm A Cowboy : le titre laisse présager une orientation plus américaine du groupe. De fait, avec ce second album, Luke Haines et son groupe cèdent un peu aux sirènes des "American Guitars" décriées avec dérision sur New Wave. Le chanteur a quelque peu perdu son identité typiquement britannique, sa finesse et son inspiration, au profit d'un gros son. Mais qu'on se rassure tout de suite : leur musique reste de haute tenue. Pas à la hauteur, toutefois, de celle du précédent album. Luke Haines n'a cependant pas perdu de sa verve, en témoigne par exemple le titre "New French Girlfriend". Now I'm A Cowboy est plus plat et moins subtil que New Wave. Les guitares se font parfois presque pataudes, certaines titres provoquent presque de l'ennui, comme "Brainchild" ou "The Upper Classes". Le morceau phare est le single qui ouvre l'album, "Lenny Valentino", tout comme "Show Girl" sur New Wave. Morceau imparable, dynamique et hargneux, avec une mélodie irrésistible et un refrain simple, concis et incisif. "I'm A Rich Man's Toy", plus complexe, renoue avec les grands moments du premier album. "Chinese Bakery" est un autre sommet de Now I'm A Cowboyi, mais la composition aurait pu être encore meilleure. "A Sister Like You" est une belle pièce qui s'ancre avec talent dans une tradition anglaise de songwriting, tout comme "Underground Movies" dans un autre registre. On retiendra aussi "Modern History" et sa montée en puissance, ainsi que la pièce finale, "Daughter Of A Child" (quel titre !).
Autant New Wave était un chef-d'oeuvre de la trempe d'un grand classique aux allures de manifeste, autant Now I'm A Cowboy est juste un très bon album de rock mélodique et classieux. C'est peu et c'est beaucoup en même temps.

 

 

 

After Murder Park 1996

 

La pochette en carton jauni s'est un peu déchirée. Elle a vieilli plus vite que les chansons (1995). J'écoute le disque des Auteurs. J'écoute Luke Haines et sa voix semble sortir de l'hiver – la voix blanche du dégel. 
Steve Albini a produit le disque, dans un studio fameux d'Abbey Road. La batterie est lente mais très présente, le reste tangue : After Murder Park est comme une histoire de marins ravagés. Une fois revenus à la terre ferme, ils ne savent plus marcher. Luke Haines tangue salement. Il se laisse emporter par sa propre musique, amoureusement. Il y a toujours un peu de vent dans sa voix. Il y a toujours un peu d'écho. Une plainte saccadée. Un étranglement. Quand le rythme s'accélère, la voix devient agressive, presque désagréable, complaintes syncopées, directives - soulignées par l'orgue Hammond du bonhomme. Néanmoins, c'est dans la lenteur, la douceur vénéneuse qu'il chante le mieux. 'Unsolved Child Murder' sonne comme une popsong primesautière, ou presque, et se lit comme une horrible page de Détective. 'Married To A Lazy Lover' est indépassable et, désolée, allez écouter par vous-mêmes, cela ne s'explique pas. Il y aussi la fausse légèreté de 'Buddha', traversé de violoncelles triturés. Il y a le calme plat et puis les étincelles, coups de théâtre et coups de sang. Mots durs du malaise. Ces chansons, Luke Haines les a écrites dans un fauteuil roulant, les deux chevilles brisées - il s'était balancé du haut d'un mur lors de la tournée espagnole de 1994 - et le cœur éclaté. 
C'est aussi malsain qu'une virée dans la voiture des Smiths. Mais je me fous bien de mourir le corps coincé sous un 10 tonnes. Du moment que nous restons ensemble. Ce disque des Auteurs a des airs de mystère, mais un mystère abandonné, déserté. Personne ne cherche à le percer. Personne n'est intéressé. A l'époque, il est cependant monté à la place 53 des charts anglais, encore hantés par ''What's the story (morning glory)?'' des frères Gallagher et bientôt rattrapés par ''In it for the money'' de Supergrass, disques britpop loin très loin des Auteurs déphasés. 
Pour se faire une idée, on pourrait relever les premiers mots du disque : When you cut your lover's slack / you get a fucking monster back et les tout derniers : I'll love you until the end. 
On comprendrait pas mal de choses. Notamment que ça pouvait pas tourner bien rond.

 

 

 


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