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COCTEAU TWINS


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les Cocteau Twins se forment en Ecosse en 1981, autour de Elizabeth Fraser (chant), Robin Guthrie (guitare) et Will Heggie (basse), qui sera remplacé en 1984 par Simon Raymonde (basse, guitare, claviers).
Signé chez 4AD, les Cocteau Twins ont créé tout le long de leur carrière une musique atmosphérique, qualifiée de 'dream pop', basée sur la voix céleste et éthérée de Liz Fraser. Groupe phare de leur label avec les Pixies, les Cocteau Twins ont influencé de nombreuses formations comme les Sugarcubes ou My Bloody Valentine ou même Jeff Buckley. Les Cocteau Twins se séparent en 1998.

 

Garlands 1882

Fer de lance du label 4AD, Cocteau Twins imposa dès son premier album, un son énorme, novateur et si tranché qu'il fera date ! 

Il existe bien des groupes cold-wave de qualité, ce n'est pas moi qui vous contredira, or combien sont-ils parvenus à créer un style réellement personnel ? Peu. Car Garlands dans le monde new-wave c'est en quelque sorte Boy (U2) du rock. Je vous rassure, s'ils partagent cette même fougue issue de la nouveauté communicative, les Cocteau projettent davantage de cauchemars, de distance radiophonique et de lunes perdues. 

La new-wave n'étant pas une science exacte, il n'est pas étonnant de voir en cette année 1982, la réalisation d'un album sans synthétiseur. Mais 1982, c'est l'époque où 8 titres suffisaient amplement à creuser une ambiance, créer un concept musical fort pour évoluer dès l'année suivante avec un autre grand album. Cocteau Twins ne reconduira donc jamais les ingrédients de son coup d'essai. 

Mais au fond, qu'est-ce qui rend Garlands si spécial, si unique en son genre ? La formation éphémère du groupe (Will Heggie quittera l'aventure dès 1983) ? La basse ultra présente ? La guitare toujours saturée ? Le chant 'mâle' d'Elisabeth Frazer ? Ou encore l'absence de batterie au profit d'une boîte à rythme sacrément efficace ? C'est un tout, tant ces matériaux conjugués procèdent à l'alchimie indéniable !

"Bloodbitch", déjà de part son titre, fait mouche. Entendre cela de la bouche d'une femme qui de plus est, a le mérite d'annoncer la couleur. Comme tout au long du disque, nous avons à faire à un mid-tempo à la fois dépressif et entraînant. L'équilibre obtenu entre la relative épure rythmique et la fougue du bassiste, hypnotise de fait l'auditeur. 

Il y a bien 2/3 titres plus rapides (tels "Wax And Wane" & "But I'm Not"), mais tous s'inscrivent dans l'atmosphère claire obscure de l'album. On est ainsi frappé par l'homogénéité des arrangements, sans que cela provoque une quelconque lassitude dans l'écoute. Chaque instrument gardera donc le même son du premier au dernier titre, si bien qu'on a parfois du mal à mettre un nom sur une chanson. Le jeu musical est lui aussi continu, constant.

Concrètement, la guitare préfère les arpèges & sons d'ambiance grinçants aux soli rock loubards. Ensuite, on note une seule et même boîte à rythme (la Korg KPR-77 si je ne m'abuse) au son mat très puissant. Dépouillée de la récurrente reverb, elle creuse sa différence. Le bassiste, quant à lui, se focalise sur les cordes à vide, les dissonances & autres glissandos vibrants : on songe parfois à un Peter Hook reniant ses 'gentilles petites' mélodies avec New Order. Enfin, Frazer chante comme une guerrière lyrique, nous épargnant le syndrome fataliste du 'groupe à fille = groupe pour filles' ! A la différence des prochains albums du groupe, la chanteuse va rarement dans les aigûes. Tout en gardant une accroche finalement sexy, elle ne tombe jamais dans les vocalises spongieuses & convenues de type CV pop / soul / jazz / gospel / etc ... Non, Frazer nous prend, que dis-je nous attire par distance. Elle sait où elle va sans nous y attendre, à nous de suivre ou pas. Inventant une façon de chanter personnelle avec ce trémolo en fin de phrase, digne d'un Sioux écoeuré, elle annonce un futur potentiel alternatif effarant ! 

Pardon de ne pas m'être attaché aux titres plus en détails, vu que l'esprit d'ensemble me semble-t-il prime. Garlands compte donc parmi les albums à écouter d'une traite, encore et encore, sans passer fugacement un morceau, chacun des morceaux imprimant le même engagement. Le non conformisme reste une teneur manifeste, constructive. "Grail Overfloweth" se termine qu'il appelle "Bloodbitch" à nouveau... 

Coup d'essai, coup de maître ! Cocteau Twins est un des rares groupes à avoir su combiner grosse production, grande création et petite compromission. Si aucun de leurs albums ne se ressemblent, Garlands reste le plus brut, le plus rythmé ... le préféré des bassistes cold-wave de surcroît !

 

 

 

Head Over Heels 1983 

 

1983, les Cocteau Twins sortent leur second album, Head Over Heels. La fête est terminée depuis longtemps pour le punk ... fête à laquelle les Cocteau Twins ont surement participé mais les écossais semblent être restés assis dans un coin à observer, à s'emmerder et à picolé. 
Digne représentant du post punk ou de la cold wave (comme on disait à l'époque), de ces lendemains de cuite, gris et dépressifs les cocteau twins ont su créer un son, une atmosphère, un univers étrange et unique, identifiable entre mille grâce aux qualités vocales de Liz Frazer et aux mélodies tellement anti-conformes pour l'époque.
Head Over Heels est la transition entre Garland, album sombre, torturé et énergique, à la basse ultra présente et Treasure, souvent considéré comme le sommet de leur discographie, ou l'atmosphère devient brumeuse et les mélodies lointaines recherche une mélancolie radicale.
Dés le premier titre "When Mama Was Moth", le décor est planté : une lourde et lente percussion martel et écrase toute ambition optimiste et préviens clairement l'éventuel auditeur égaré ; l'arrivée d'une guitare sinueuse et menaçante confirme cette introduction. Le second titre est une sorte de valse sombre et perdue dans l'épaisseur du brouillard qu'une voix de sirène tente de percer, représentant parfaitement et justement le son des Cocteau Twins. Le titre suivant est plus pop, plus léger et assez proche peut être des futures réalisations du groupe après 1988. Le quatrième titre est quant à lui rock et énergique .... C'est peut être la faiblesse pour certains et la richesse pour d'autres, de cet album : être une sorte de patchwork des différents sons qui correspondaient aux Cocteau Twins entre 1981 et 1985. Malgré ce manque d'unité sonore, il existe bien une cohérence dans Head Over Heels qui n'est pas objective à mon sens mais plus proche du ressenti, une espèce note souterraine qui unit l'ensemble des titres formant un véritable album.
Head Over Heels est donc un album renversant comme son titre l'indique et à ne jamais négliger.

 

 

 

The Spangle Maker 1884 

Après cet album, le rock aurait du s'arrêter. Rendre les armes. A quoi bon discourir lorsque tout a été dit ? Justement, cette brève apparition divine (un journaliste du NME dit y avoir entendu la voix de Dieu), cette étoile descendue jusque dans le plat paysage ambiant des années 80, est allé encore plus loin que tout ce qui a été fait auparavant, plus loin que le discours, plus loin encore que la revendication d'un style. 
Trois chansons seulement (le sublime single "Pearly Drewdrop' Drop" y est repris en deux versions différentes) mais qui ont coupé court aux mots, aux sens, aux messages, pour les dépasser et ne livrer qu'un panaché de sensations, dont l'impact est plus du domaine de l'intuitif que de la raison.

The Spangle Maker ne ressemble à rien de ce qui a déjà été fait. Il n'y a plus de chansons d'ailleurs, mais des plages, des plages époustouflantes maintenues par une section rythmique (l'intervention de Simon Gallup, arrivé à la basse, est prépondérante ici) imperturbable, métronomique, dans la plus pure tradition cold-wave, complètement glaciale, une gerbe étonnante de couleurs et de sons, de fantômes, de choses qui disparaissent, d'autres qui apparaissent, à l'instar de ces slides électriques lointains qui font penser à des chants de sirènes ("The Spangle Maker"), des nappes ébouriffantes de vocalises soyeuses, émotives, intenses, qui s'accordent à merveille aux humeurs ou aux effets de production, qui tombent en pluie d'or. On connaissait Liz Frazer excellente chanteuse gothique, elle pousse ici encore plus loin l'exercice vocal pour atteindre des prouesses inégalables. Aboutissement d'un travail d'orfèvre sur les arrangements et la texture, The Spangle Maker révèle toute l'étendue de la magnificence de Cocteau Twins. Au sein de cette déferlante de grâce et de beauté, qui se liquéfie sous nos yeux, il n'y a plus qu'à se laisser envahir de sensations merveilleuses.

Les éléments ne sont plus maîtrisés, à l'image de ces vocalises mirifiques, qui touchent au divin, et qui s'envolent dans des hoquets aigus absolument confondant ("Pearly Drewdrop' Drop") ou qui se laissent dériver dans des mélodies magnifiques, qui parfois se dédoublent dans un lyrisme sensationnel à filer la chair de poule. Impressions tenaces que l'on n'a plus à faire à quelque chose de matériel, d'humain, mais qu'on entend la musique des elfes, des nymphes ou des déesses qui vivraient dans un monde gothique où tout ne serait que luxe dégénéré et emphatique. 
Sur ce maxi, ce sont les sensations qui auront le pouvoir. Plus tacite que rationnelle, la féerie de Cocteau Twins explose tous les repères traditionnels. Là où d'habitude le riff de guitare est toujours le point d'accroche, ici, l'instrument ne servira qu'à tisser quelques mélodies cotonneuses, de manière ponctuelle et fugace, laissant le soin à la basse de faire le travail, ce qui confère un caractère glacé à l'ensemble ("Pepper-Tree") . De temps à autre, les guitares se laissent aller à l'explosion de quelques éclairs électriques légers, mais avec parcimonie (le final de "The Spangle Maker"). En fait elles sont utilisées comme un arrangement, au même titre que peut l'être le xylophone enchanteur de "Pearly Drewdrop' Drop" ou le piano inquiétant de "Pepper-Tree". Le résultat ne ressemble à rien de connu.
Véritable millefeuille musical, cet opus historique dans la carrière de Cocteau Twins explore les possibilités sonores possibles à partir d'un canevas assez simple au départ, proche d'une cold-wave gothique mais qui sera sublimé dans le lyrisme et l'émotion.

Cette musique, cette voix font vibrer, déclenchent des sensations et même provoquent des états : le ton lent, vaporeux, solennel, somptueux et rêveur, nous rendra plus ou moins mélancolique, plus ou moins émus par tant de beauté. Mais est-ce la musique qui provoque ces émotions ? Comment de simples accords harmoniques, des lignes qui se tissent et s'enlacent, des vocalises angéliques et cristallines, peuvent-ils traduire des émotions ? Pourquoi a-t-on cette impression d'être tout chamboulé après l'écoute ? Car après tout, il ne s'agit que d'effets. 

Pourtant il faut se rendre à l'évidence : on n'avait jamais entendu une musique si fantastique avant. Et la découverte de ce monde nouveau se transforme en un voyage contemplatif, paresseux et flémard, qui flirte avec le sensible pur et véritable. Une sorte de tendre contemplation qui se changerait en hébétude face à la grâce...
Un instant de rêve absolu où on quitterait totalement la réalité du monde : le désir de tout gothique..

 

 

Treasure 1984 

 

 Eloigné des standards new-wave de l'époque (on a parlé d'Heavenly), on a parlé de musique d'anges et je suis d'accord avec ce concept... La voix d'Elisabeth Frazer prend toute son ampleur sur cet album mythique, sans doute le meilleur du groupe. J'ai eu la chance de les voir en concert et de voir ce petit bout de femme, qui ne regarde jamais le public en face, s'amuser avec les possibilités de sa voix... laisse sans voix justement ! Sur l'album, tous les titres se suivent comme un songe qui va de la rêverie pure à l'introspection, ils doivent être écoutés dans la pénombre pour se laisser transporter. Jamais les instruments ne passeront devant la voix (souvent doublée), ils sont là pour la porter de leur douceur et leur justesse. "Ivo" ouvre l'album avec une basse ronde, un son de guitare ciselé et une batterie qui martèle sans abuser, puis "Lorelei" et ses envolées magnifiques, "Béatrix" qui appelle à la douce rêverie,"Persephone" dont le son de guitare est déchirant, "Pandora" (ma préférée) à la double voix très marquée, "Amelia" avec sa guitare cristalline, "Aloysius" et son piano qui tente de se frayer une place, "Cicely" dans lesquels se répondent le synthé la basse et la guitare dans un tourbillon opaque,"Otterley" tout en apesanteur et enfin "Donimo" très symphonique comme pour annoncer la fin du voyage vers peut être un autre qui sait ? Que dire de la pochette et du choix des prénoms féminins ? C'est un tout remarquable, en adéquation avec la musique tout simplement. 
J'éviterais les comparaisons avec d'autres formations musicales car rien ne ressemble aux Cocteau Twins.

 

 

Echoes In A Shallow Bay 1985

Dans leur discographie pléthorique, les Cocteau Twins ont toujours donné une place à part, tout aussi importante, aux EPs. Ces EPs sont autant de clés de voûte entre les albums du groupe, sans lesquelles le passage de l'un à l'autre serait beaucoup plus abrupt. Avant tout, il est utile de rappeler que Tiny Dynamine, sorti en EP 4 titres en octobre 1985 (regroupant "Pink Orange Red", "Ribbed And Veined", "Plain Tiger" et "Sultitan Itan") chez 4AD Records ressortait le mois suivant sous un double EP 8 titres intitulé Echoes In A Shallow Bay (comprenant donc les 4 titres sus-cités + 4 autres). Ces deux EPs sont donc indissociables ; car d'une part, issus d'une même session d'enregistrement, et d'autre part, d'un même studio : le Guerilla Studio de Londres. Inséparables également car empreints de cet identique grain de production très lisse, production aussi brillante que charnelle et opulente. Echoes In A Shallow Bay constitue une mini révolution, ouvre une ère nouvelle clairement identifiable dans le son Cocteau. Bien sûr, cette production, qui y est pour beaucoup (mais ne devant masquer l'essentiel), catapulte nos cinq sens dans une dimension rarement explorée (tous sens pris isolément) tant en puissance évocatrice d'images mentales, que de ressentis sur le corps tout entier.
Le titre phare, "Pink Orange Red", semble touché par la Grâce. Les lents accords clairs posent la trame du morceau, épaulés par la voix d'Elizabeth Fraser. Les pensées se bousculent dans la tête ; se dire que, indéniablement, rien ne sera jamais comme avant : déception, résignation, sont les mots venant à l'esprit après cette complainte, belle à pleurer.
Les Twins ont cette faculté, ce don de Dieu, d'éveiller nos cinq sens sur le reste du disque. Et pas au figuré... 
Ainsi, l'ouïe, premier sens employé ici, est le vecteur commun à tous les autres qui sont évoqués ensuite, le prisme qui diffracte nos quatre autres sens que sont le toucher, voir, goûter et puis sentir. 
Le toucher est mis à contribution quand la moiteur dense de "Ribbed And Veined" s'immisce en nous. Titre instrumental et sensoriel, il donne juste l'impression d'être étouffé (avoir la poitrine compressée) par l'humidité d'un hypothétique et puissant geyser du désert de l'Atlas. Les textures aussi sont présentes avec "Eggs And Their Shells" (titre très tactile, n'est-ce pas ?) à la voix apaisante telle une caresse maternelle, saupoudrée d'échos de piano et de guitare éparse. 
La vue, au travers des visions, est également à l'honneur. Ecouter "Pale Clouded White", c'est se voir littéralement enrôlé dans une caravane de nomades déambulant en plein désert, ceci renforcé par les rythmiques quasi tribales africaines. Entendre le sirocco soulever les bancs de sable dans les souffles de synthés. Et également, ces effets de guitares n'évoquent-ils pas des images mentales d'horizon, au loin troublé par la chaleur dansante s'élevant des collines de sable ? Des mirages ? 
Le goût. Celui de la soif engendrée par la fréquentation irréfrénée des paysages arides de ce double EP. Ou le sel utilisé sur nos lèvres pour fouler ces terres asséchées, assommés par l'enclume soudaine du soleil (le "gong" dans "Great Spangled Fritillary"). Le sel, encore, des larmes versées par Liz Fraser dans "Plain Tiger". Ou comme encore l'amertume laissée au plus profond de nous par "Pink Orange Red"... Tel, enfin, le sucre des caresses procurées sur "Eggs And Their Shells". 
Sentir. Les effluves d'absinthe de la choriste sur "Melonella", où elle semble totalement possédée, proférant ses onomatopées à tue-tête. Sentir la folie s'en emparer dans "Plain Tiger" avant de céder à la fuite libératrice dans la guitare de Robin Guthrie. Ou sentir sur soi la dynamique des vocalises de notre muse sur "Sultitan Itan"... Essayez, vous entendrez, toucherez, verrez, sentirez, goûterez les Cocteau Twins.
Les sensations prodiguées par les "chansons" des Cocteau sont on ne peut plus évocatrices, relevant non pas seulement du cérébral comme jusqu'alors, mais dorénavant du domaine du physique et du sensitif. Les Cocteau ne sont pas des songwriters mais des "soundmakers", des faiseurs de sons, de climats, de textures, de couleurs, dont les pochettes développées par Vaughan Oliver ont rarement aussi bien dépeint visuellement la musique.

 

The Moon & The Melodies 1986 

Cet album n'est pas une œuvre de Cocteau Twins, mais est crédité Harlod Budd/Simon Raymonde/Robin Guthrie/Elizabeth Fraser. Le premier est un pianiste connu notamment pour ses collaborations avec Brian Eno, les autres sont respectivement le bassiste, le guitariste et la chanteuse de Cocteau Twins.
L'album ne comporte que 8 titres, et c'est une de ses faiblesses. De surcroît, Liz Fraser, la loreleil, ne chante que sur la moitié des morceaux. Les autres sont de longues plages de nappes synthétiques, parfois accompagnées d'une guitare. On a donc finalement, plutôt qu'une synthèse entre les deux entités, une face Cocteau Twins et une face Harold Budd.
Les morceaux réellement interprétés par Cocteau Twins nous plongent, comme à l'accoutumée, dans un monde envoûtant, enchanteur, onirique voire féerique. Ils équivalent à des morceaux moyens de Cocteau Twins de l'époque, c'est-à-dire qu'ils sont très bons. Mais il manque un petit plus pour les rendre excellents. On n'est pas sur Treasure ni sur Victorialand. Ceux qui sont l'œuvre du pianiste paraîtront apaisants voire hypnotiques à certains, je les trouve plutôt soporifiques. Il faut dire qu'en général je suis allergique aux sonorités électroniques.
The Moon And The Melodies est un bon album, donc une semi-déception. A n'écouter qu'une fois épuisés les premiers albums de Cocteau Twins.
Ajoutons que contrairement aux albums de Cocteau Twins, il n'a pas fait l'objet d'une réédition remasterisée.

 

Victorialand 1986 

 

Victorialand est le quatrième album des Cocteau Twins et a la lourde tâche de succéder au sublime Treasure. Si Liz Fraser et Robin Guthrie sont toujours aux commandes, Simon Raymonde, lui, est totalement absent de cet album; la faute (qui n'en est pas vraiment une) à Ivo Watts qui l'a recruté pour l'enregistrement du second album de This Mortal Coil.

Tirant son nom d'une région de l'Antartique, Victorialand débute par le superbe "Lazy Calm" (dont le nom est plutôt représentatif du morceau et de l'album), et s'annonce d'ores et déjà comme un album digne de la discographie de ses auteurs. Tout n'est donc ici qu'invitation à un voyage mené de main de maître par le couple uni à la scène comme à la ville (à l'époque) Fraser-Guthrie. Toujours aussi éthérée, la musique des Cocteau Twins se présente ici plus simple et dépouillée qu'à l'accoutumée. L'accent à été mis sur une production privilégiant l'acoustique associé à la voix toujours aussi mystérieuse et envoûtante d'Elizabeth Fraser. Ainsi, "Throughout The Dark Months Of April And May" apparaît comme un titre calme, duquel émergent les arpèges d'une guitare acoustique et sur lesquels vient se poser le chant délicat de Liz; schéma qui sera récurrent et ré-adapté sur d'autres titres ("Whales Tails", "How to Bring a Blush to the Snow" ou "The Thinner The Air"...). Pour quiconque ayant apprécié les précédents opus du groupe écossais, il apparaît bien difficile de ne pas succomber aux charmes de ce "Little Spacey" ou du merveilleux final "The Thinner The Air". Tous les titres sont du même hacabit et nous dévoilent deux personnes ayant totalement maîtrisé leur domaine musical; à savoir une musique atmosphérique et envoûtante (qui vaudra à la musique des Cocteau Twins d'être systématiquement affublée du très laid et tout aussi stupide terme de Dream Pop), qui atteint parfaitement son but.

Ainsi, si l'absence de Simon Raymonde pouvait présager une perte de cohérence ou de profondeur, il n'en est rien. Victorialand poursuit idéalement le chemin tracé par les Cocteau Twins. Marqué par cette irréalité et cette légèreté caractéritiques chez le groupe de 4AD, Victorialand s'impose comme un album riche et admirable, qui supporte aisément la comparaison avec Treasure.

 

 

 

 

Blue Bell Knoll 1988 

Ce sixième album sort en 1988 et force est de constater qu'à l'époque, les critiques ne devaient pas trop savoir quelle direction les Twins allaient donner à leur nouveau projet.
La réponse est à chercher sur la voie classique du studio et avec pour line-up les 3 Twins + 1 : le retour de la Tinderbox, à savoir la boîte à rythme, à nouveau présente sur toute la longueur de l'album.
Le titre d'ouverture éponyme est d'une couleur jamais (entra)perçue chez Cocteau Twins : blue. Les boucles de guitare froide (ne sait-on jamais : elles sonnent comme du clavecin) d'un bleu glacier, à peine soutenues par une pulsation rythmique, donnent le ton. Voix plaintive de Liz Fraser posée délicatement et lignes de basse arrondie comme toujours. La linéarité chez les Cocteau n'étant pas de mise, ce sont par des bourrasques de guitares, croisées et enchevêtrées, dont à peine émerge l'une d'entre elles, que le final explose. 
Le binaire "Athol-Brose" plante le décor d'un rock océanique et brumeux que le combo Ecossais ne fera que décliner, toutes saisons et toutes régions du globe confondues, le long de ce disque avec une nette préférence pour la saison d'été et les atolls des mers du sud... Les sonorités chaudes et exotiques ne le quitteront désormais plus que sur "The Itchy Glowbo Blow". 
L'emblématique "Carolyn's Fingers" voit Liz au sommet de son art vocal tant il est difficile de transmettre des émotions de joie (sans tomber dans la niaiserie) et elle y parvient sans détours. Le larsen trouve une place entre les arpèges "chorusés" de Robin Guthrie, conférant à l'ensemble une richesse mélodique inouie tant les 6 cordes et les voix (jusqu'à trois) s'entrelacent ; en pleine osmose. Titre d'accalmie à la voix caressante, "For Phoebe Still A Baby" laisse présager par sa langoureuse descente, le plus tendu "The Itchy Glowbo Blow". Véritable cascade de guitares cristallines mais ordonnées, soutenues par des beats plus secs, où Liz chante d'une tristesse sans fonds mais en équilibre total et recouverte d'une mince épaisseur de glace. L'on comprend dès lors mieux l'expression "The Voice of God"(dess). Le spleen se déverse alors pour ne plus finir qu'en irrémédiable apothéose de guitares vers des contrées où ils sont si loin qu'alors on se surprend : reviendraient-ils jamais ? Le sommet de leur art ? Peut-être oui. 
Après cet ouragan, on plonge dans ce que la beauté fait de plus pur : rythmes plus exotiques à la "Ribbed And Veined", accords clairs comme l'eau des récifs coralliens ou légers comme la brise frôlant les palmes, vocalises d'anges tombés là. "Ella Megalast Burls Forever" clôt l'album de sa suprême lenteur, entre l'enclume lourde de la rythmique basse/boîte à rythmes et les cordes en apesanteur qui, inexorablement, nous invitent à nous demander : reviendrons-nous aussi tous indemnes de ce voyage aux paradis naturels ?
Blue Bell Knoll est très éloigné de Garlands ; cela prouve au combien Cocteau Twins ont réussi à faire évoluer leur musique après les bombes que furent Head Over Heels puis Treasure. Qui les aurait cru capable de cela ? C'est pourquoi Blue Bell Knoll reste, sans équivoque aucun, l'un des meilleurs LP de ces enfants du punk.

 

 

 

Heaven Or Las Vegas 1990 

 

Heaven Or Las Vegas, dernier album pour l'écurie 4AD ou comment rendre plus pop le rock océanique de Cocteau Twins ? 
Désormais équipés de leur propre studio "September Sound", les Ecossais entreprennent alors de clarifier leurs mélodies et surtout de filtrer, voire ôter, le brouillard qui enveloppait autrefois leurs compositions. Le son est plus dans l'épure des moyens avec une utilisation plus systématique des sons synthétiques et des boucles de boîte à rythmes. Les Twins trouvent alors ici une cohérence et une unité de son beaucoup plus marquée, notamment grâce à un grain très fin de guitares remarquablement homogène tout au long de l'album. D'ailleurs d'une nature même à les confondre avec de vrais synthés. 
L'ouverture de l'album, "Cherry-coloured Funk", s'envole tout de go en boucles aériennes où la voix de Liz Fraser se fait plus caressante que jadis. "Iceblink Luck" voit notre déesse chanter son hymne resplendissant à la joie, traversé par des guitares accrocheuses et d'autres subtilement surfantes de Robin Guthrie. "Fifty-fifty Clown" ou l'ode au cocooning doublée d'une légère complainte où la pulsation rythmique emmène tout le morceau, la voix fragile de Liz donne la réplique aux nappes de Robin. Le titre éponyme est, sans conteste, trop poli et trop travaillé dans l'immédiateté de ses mélodies. Du romantique "I Wear Your Ring" aux guitares ciselées de "Wolf In The Breast" en passant par le doucereux "Fotzepolitics", l'on se laisse planer par les délicates voix en canon de Liz. Avant-dernière étape du voyage, "Road, River And Rail" à la ligne de basse plus rampante, est accompagnée de six cordes éclaireuses sur arpèges de Guthrie jusqu'aux refrains renversants de détresse. 
Enfin, "Frou-frou Foxes In Midsummer Fires" est de cette quasi-tradition toute Cocteau-esque de clôtures d'albums : fuite en avant sur le mode "accalmie/explosion" ; ouverture presque ambiant, puis allumage soudain et en force de ritournelles ciselées. Bouleversant tant par son hymne tout en clair obscur de coucher du soleil, partiellement frôlé par ses derniers rayons, que dans l'émotion des backing vocals en état de grâce. Sidérant de beauté.

 

 

Four-Calendar Café 1993 

Four-Calendar Café est un album relativement atypique au sein de la discographie de Cocteau Twins. A tel point que je l'avais boudé à sa sortie, choisissant de ne pas l'acquérir. Presque 15 ans après, je me décide à combler cette lacune. Ai-je changé d'avis ?
Oui et non. Four-Calendar Café confirme le virage pris par le groupe avec les deux précédents albums. Un virage pop, montrant un visage de Cocteau Twins beaucoup plus accessible, voire lisse, voire même fade. Un geste symptomatique est d'ailleurs le fait d'avoir quitté le mythique label indépendant 4AD pour une major. Cet album est par ailleurs celui qui s'est le mieux vendu.
Tout est plus pop dans cet album, à l'image du single "Bluebeard" : le son, les mélodies, la voix. Cocteau Twins nous avait habitué à l'excellence, à un son délicat et très travaillé, à la fois sombre et lumineux (ce paradoxe tenant de l'exploit), à des mélodies de haute volée, riches et complexes, tellement originales, enfin à une voix d'exception, enchanteresse. Ici il n'en est (presque) rien, tout est revu à la baisse. Les guitares finement ciselées ou cotonneuses laissent parfois la place à des synthés, soutenus par une bouillabaisse rythmique. 
Four-Calendar Café est la continuité de Heaven Or Las Vegas, mais en plus accessible encore (les paroles de Liz Fraser sont d'ailleurs compréhensibles, ce qui est relativement nouveau), et moins réussi. Certes, les chansons restent assez belles. Mais il manque quelque chose, cette magie qui n'opère que trop peu. 
L'addiction, lourde, de Robin Guthrie (guitariste, compositeur et producteur du groupe) aux drogues aurait pu engendrer des mélodies et ambiances torturées. Or, il n'en est rien, les mélodies sont lumineuses, évidentes. Tout comme la voix de Liz Fraser.
Cet album n'est au final pas mauvais, il est même au dessus du niveau de bien des groupes pop. Mais Cocteau Twins nous avait habitué à bien mieux. L'erreur sera d'ailleurs réparée avec l'album suivant, qui scellera les retrouvailles avec leurs débuts cold wave.
Un album à réserver aux amateurs de Cocteau Twins ou à ceux de chansons lumineuses et bien ficelées.

 

 

Milk And Kisses 1996

Ce dernier album des Cocteau Twins rassemble dix morceaux, et certains comptent parmi les plus beaux que le groupe ait composés. 

Toujours cette lenteur. Cette grâce unique, impressionnante. 

Le son des guitares a la froideur et la profondeur d'un ciel d'hiver par une nuit sans nuage. On voit des millions de scintillements pris dans une noirceur illimitée. 
La voix de Liz Frazer se pose alors sur cette toile et dessine des paysages de glace, en délaissant les sinuosités forcées auxquelles elle s'adonnait parfois auparavant. Ses mélodies sont belles, justes. Elles s'enlacent dans ces contre-chants merveilleux dont elle a le secret, s'enroulent autour de vous comme des rubans de velours. 
Parfois, une autre guitare arrive et semble exploser, au ralenti, projetant en l'air des éclaboussures argentées qui retombent sous forme de flocons blancs. On les entend doucement fondre sur ce sol qui est encore du ciel, se liquéfiant dans un vibrato souple, avant de disparaître sous d'autres nappes. 

Les morceaux vont à l'essentiel ici. 
Hormis deux ou trois chansons qui, sans être désagréables, sont un peu plus dispensables, hormis "Ups", "Eperdu" et peut-être "Tishbite" (un peu trop ostensiblement façonnée pour accrocher le quidam), à part ça, le reste est excellent : "Violaine" en ouverture, puis "Serpentskirt" (magnifique !), et plus loin "Half Gifts" avec son rythme de valse bancale, ainsi que "Rilkean Heart", ces quelques titres sont d'une qualité exceptionnelle, maîtrisés jusqu'au moindre détail. En un mot: impeccables. 

Puis le dernier morceau arrive. On l'attend, on sait qu'il est là, tapi dans l'ombre, et soudain c'est comme si toute la beauté des titres entendus jusque-là déferlait sur cette dernière plage du disque : "Seekers Who Are Lovers". Authentique chef d'oeuvre. Eblouissant cul-de-sac pour l'auditeur. On peut l'écouter mille fois en ayant toujours l'impression étrange de sentir son corps irrigué, non plus par du sang, mais par des larmes, le sentiment d'avoir touché à une émotion pure, bien au-delà des chagrins et des gaietés ordinaires. 

Ce dernier titre est un peu le chant du cygne des Cocteau Twins. Comme s'ils avaient dit "Voilà. C'est le morceau qu'on a cherché à faire depuis le début". Tirant ainsi leur révérence.

 

 

 

à noter la participation de Lize a beaucoup de morceau mythique 

 

 

 

les 3 premières minutes ouf 

 

 

 

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