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avram grant

spaceman 3

By avram grant, in Pop, Rock, Punk, Métal...

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Défrichant les paysages sonores entre psychédélisme et rock hynotique, Spacemen 3 est avant tout le projet de deux hommes: Jason Pierce et Sonic Boom; tous deux chanteurs et guitaristes.
La rivalité entre les deux Anglais aura raison du groupe qui splittera en 1991, soit 9 années après sa formation.

 

1986 Sound of confusion 

ans doute plus connue pour avoir enfanté un sport qui célèbre le coup de boule et le toucher de testicules, Rugby, ville moyenne d'Angleterre paumée en son centre, mériterait pourtant quelques lignes mémorielles pour l'autre évènement considérable qui lui est dûe : la rencontre en 1982 de Peter Kember et Jason Pierce.
Deux étudiants en école d'art) qui se découvrent une passion commune pour le rock et les substances stupéfiantes. Car ces gens-là, pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, sont du genre 10 drogues et alcools par jour plutôt que 10 fruits et légumes. Et on imagine sans mal leur discothèque perso à ces deux junkies heureux : du Velvet, du Suicide, du Stooges et une ou deux compile nuggets, pas plus. Transe et psychédélisme sont leur maîtres mots et ces quelques références sont amplement suffisantes pour en faire leur dico.
Armé de ce Larousse de poche, le duo officiant sous le nom assez évocateur de Spacemen 3, n'envoie sa première missive qu'en 86, Sound Of Confusion. 4 ans d'attente, 4 ans de shows défoncés avant de parvenir enfin à balancer sur disque leur rock anaphorique. Pas encore de magnifiques dérives gospel ou autres indolents passages, ici tout est brut de fonte. Et ce n'est pas pour nous déplaire. Psyché carbonisé en mode minimale qui s'étire jusqu'à plus neurone. Que c'est bon d'être hébété ainsi. Alors premier parfait ? Non...
Hormis peut-être une production garage qui ne plaira pas à tout le monde (à commencer par le groupe lui-même), le hic, le seul, le vrai, c'est que Sound Of Confusion manque d'originaux dans ces offrandes. Reprises en quantité (13th Floor Elevators, Stooges, Juicy Luicy), certes inspirées, voire très très inspirées, mais reprises quand même. Et quand ce n'est pas une reprise c'est un plagiat : "OD Catastrophe" pompe allégrement le "TV Eye" d'Iggy et ses amis, tandis que "Hey Man" s'impose comme une relecture non avouée du "Amen" d'Otis Redding. Hommage diront certains. Mouais... Toujours à propos de reprises, on se réjouira tout de même que la réédition CD nous gratifie en bonus de l'EP Walking With Jesus (marcher avec Jesus... tout un programme) contenant les 17 minutes affolantes d'un "Rollercoaster" revisité façon chaotique bourgeonnant.
Ce n'est qu'un début. Du proto-Spacemen pourrait-on dire. Le groupe étirant rapidement ses contrées vers des cieux plus ambitieux. Un groupe qui nous rappelle en ces temps moraleux, que la drogue quoi qu'on en dise, et ben c'est vachement bien. Merci à eux.

 

the Perfect Prescription 1987 

A l'origine du rock psychédélique il y a les drogues, source d'inspiration pour des effets planants et abrasifs, et en ce qui concerne Spacemen 3 (leur devise étant: "prendre des drogues pour faire de la musique à écouter en prenant des drogues") autant dire qu'on va retrouver de la fumée directement exhalée sur les bandes d'enregistrements.
Méconnu durant son existence mais incroyablement culte aujourd'hui, le groupe livra ici un témoignage inégalé et indépassable de ce que la perception peut ouvrir de portes lorsqu'elle est soumise à une élévation.
The Perfect Prescription, rempli d'évanescentes chansons cyniques à propos de la drogue ou du Paradis, est un fragile ajout équilibriste de feedback rugueux, langoureux, monotone et d'accords minimalistes, répétés et entêtant. Les longues chansons sont des plages tranquilles, lentes, hyper cool, où l'on se laisse enivrer par un relâchement, une détente hypnotique, presque cosmique. A force d'écoute (on n'écoute pas une telle musique n'importe quand et n'importe comment), on se laisse gagner par un charme indéniable et on finit par planer très haut. Sonic Boom et Jason Pierce sont des voyous insolents, camés jusqu'aux yeux et au talent frisant le génie. Ils réussiront à livrer une œuvre incroyable, atypique et qui perverti le rock durablement.
Leur musique sera l'occasion d'imbriquer les influences les plus lointaines (JJ Cale, Dr John, Phil Spector, folk, etc...) à ce brûlot velvetien. Les violons brumeux sur "Ecstasy Symphony" insèrent un lyrisme incongru dans un récital blues aliéné. La douce mélodie à peine grattée sur la guitare par une main endormie et chloroformée accompagne un chant léthargique à peine plus énergique sur "Feel So Good", sommet magnifique de vapeur veloutée. Pas de tapage, pas d'urgence inutile, les accords prennent le temps de se répéter, de s'inscrire dans une atmosphère acidulée et mélodiquement je-m'en-foutiste. Le son crade, fiévreux sur "Take Me On The Other Side" ou "Things'll Never Be The Same" provoque des frissons à force de se réitérer narquoisement. On s'envole en écoutant le chant soufflé sur "Call The Doctor" ou le dialogue complètement surréaliste, hilarant et détraqué sur "Ode To Street Hassle", à peine murmuré. On vole littéralement entre les nuages de fumée sur "Soul I", symphonie harmonique mélangeant fuzz et instruments à cuivre.
Cette musique n'a jamais été aussi bonne que lorsqu'elle se laisse atteindre par sa propre torpeur nonchalante pour mieux gagner en amplitude sensorielle et hallucinogène. En l'appréciant allongé sur un lit, dans le noir, on se décharne, on poursuit un voyage vertical, on quitte tout repère pour mieux se redécouvrir soi-même. On appelle ça une expérience.

 

 

 

 

Playing with Fire 1989 

près un Perfect Prescription qui accomplissait déjà des miracles en terme d'exploration sonore, Spacemen 3 entend une nouvelle fois repousser les limites du psychédélisme avec Playing With Fire. Dernier véritable album où les deux têtes pensantes du groupe, Sonic Boomet Jason Pierce, travaillent côte à côte sans se faire la gueule. Oui, c'est un peu le 'double blanc' des Spacemen 3.
A la différence que Playing With Fire se contente seulement de 9 chansons. Et croyais-moi, c'est déjà bien assez. Parce qu'il faut un certain temps avant de se remettre de ce que le poète néo-beatnick Takichan appelerait une 'grosse claque'. Mais que dis-je moi ? De ce coup de poing dans les testicules, . enfin d'un truc qui fait très très mal quoi. Et pourtant, on commence plutôt tranquillement avec "Honey" tout en écho subtil et la superbe ballade éthérée de "Come Down Softly To My Soul". Entrée en matière excellente qui se muscle sérieusement avec l'hypnotique (terme que l'on peut employer pour chacun des morceaux de cet album, je sais...) et répétitif "How Does It Feel". Juste le temps de se recueillir dans une église qui pratique l'abus de psychotropes ("I Believe It") et on entame la quête du Graal psychédélique que l'on touche du bout des doigts avec le morceau que les Stooges ont oublié d'écrire, "Revolution".
Après ça, il faut mieux aller se reposer si on ne veut pas clapser direct d'une tachycardie. "Let Me Down Gently" vous apaise un moment, puis "So Hot (Wash Away All Of My Tears)" se charge de vous réveiller en douceur. Et il faut mieux que vous en profitiez parce qu'après c'est du lourd avec 11 minutes de déluge sonore. "Suicide" comme son nom l'indique, est un hommage parfait au cultissime duo synthétique. Descente d'acide avec "Lord Can You Hear Me ?". Question qui peut paraître ridicule pour les uns, prétentieuse pour les autres. Mais je vous assure qu'il est légitime de toucher les cieux après une seule écoute de Playing With Fire.
Les Spacemen 3 n'ont jamais connu le succès mais sont devenus cultes, notamment aux USA. Les chansons de Playing With Fire qui oscillent sans cesse entre fragilité et brutalité, y sont probablement pour beaucoup. Cet album, c'est en fait le degré ultime du psychédélisme : il est inimaginable d'aller plus loin après ça.

 

 

Reccuring 1991

 

Alors là ça y est, c'est fini. Le clash, l'embrouille définitive, le point de non retour. Jason Pierce et Sonic Boom. Ça se cause plus, ça s'ignore. Et puis royalement en plus. Chacun de son côté, chacun avec ses musiciens, chacun ses chansons, chacun sa face. Recurring, l'album coupé à l'Opinel, le dernier.
L'Opinel c'est cette reprise surpuissante de Mudhoney, "When Tomorrow Hits" et sa fusion déflagrée qui jouit de notre surprise ébahie (là, à la 2ème minute et 5 secondes, pan ! t'es mort). L'unique morceau de Recurring où Pierce et Boom se font encore la bise. Autour, pas besoin de se fouler pour décrire. Première face : Sonic Boom fait du Spectrum (mais en mieux). Deuxième face : Jason Pierce fait du Spiritualized (mais en moins bien). Un avant-goût de la suite bien dans l'air du temps.
L'air rock-electro, l'air house-rock, l'air Madchester. Quand l'Angleterre groovait avec la vitalité d'un préposé au guichet. Enfin surtout vrai pour la partie Boom, sorte de Screamadelica épique d'un hédonisme tétanisant. Une musique rêveuse qui fait l'amour aux camés par tous les pores. Dans le genre c'est du grandiose, du damné. Si bon qu'on lui pardonne le léger plagiat (les gens polis appellent ça une 'variation sur le thème') de notre "Psyché Rock" national (ici "I Love You").
De l'autre côté, c'est moins brillant. Compos ras du sol, ça peine à décoller, voir ça ne décolle jamais. Pierce et sa voix en écho cathédrale, berce mais ne secoue plus. Les tripes restes à leur place, dommage. Même si, belle exception cet "Hypnotised" aux refrains sacrés. Pour le reste, faut mieux revenir en arrière, encore et encore. Recurring c'est que le début d'accord, d'accord.

 

 

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